Théâtre
Rencontre avec la troupe de Comment l’esprit vient aux femmes

Rencontre avec la troupe de Comment l’esprit vient aux femmes

24 février 2011 | PAR Floriane Gillette

Au Café de la Gare, la troupe de Comment l’esprit vient aux femmes, nous accueille dans une ambiance sympathique. La metteuse en scène Manon Rony est un peu la maman de la troupe, c’est d’ailleurs son surnom. Entre deux plaisanteries et dégustation de chouquettes, amenées par Richard Leduc, nous rencontrons : la pétillante Marie-Charlotte Leclaire qui joue Billie. Le mystérieux Richard Lecuc qui campe Ed l’avocat, l’imposant Benoit Tachoires dans le rôle de Harry et enfin le charmant Kên Higelin, alias Paul.

 

A l’origine, la pièce Comment l’esprit vient aux femmes est un texte de Garson Kanin, puis un film de Georges Cukor sorti en 1950, est-ce plus difficile de mettre en scène quelque chose qui existait déjà ?

Manon Rony : Je connais le film depuis longtemps, mais pour mettre en scène la pièce, je ne l’ai pas regardé avant mon travail de réécriture. En revanche, une semaine avant la première, avec Sotha, la costumière,  nous l’avons regardé. Pour les comédiens je ne tenais pas spécialement à ce qu’ils s’inspirent du film. Ils l’ont visionné mais pas dans le but de se créer une base de travail.

Quelle est la part de liberté prise par rapport au texte de Garson Kanin ?

MR : Il ne s’agit pas d’une adaptation mais bel et bien d’une inspiration. La pièce est finalement très éloignée de l’œuvre de Kanin : des personnages ont été supprimés, des scènes coupées…

Marie-Charlotte Leclaire, comment vocalement parlant avez-vous abordé votre rôle (Billie a une voix très aiguë) ?

[NDLR : Rire général, puisque l’on se rend compte que Marie-Charlotte Leclaire a naturellement la voix aigue.]

MCL : Je n’ai pas particulièrement travaillé sur ma voix, j’ai matière à monter dans les aigus . Le seul effort c’est de savoir porter sa voix pour être entendue par l’ensemble de la salle, mais ceci concerne tous les comédiens.

Richard Leduc, sans jamais tomber dans la trivialité, vous incarnez un avocat alcoolique, troublant de réalisme, comment on travaille ce type de rôle ?

RL : Lorsque j’étais jeune comédien j’ai assisté à une scène où l’acteur a rejoué sa séquence vingt-trois fois de suite. J’étais très impressionné par le réalisme de son jeu et il m’a dit « justement la clé c’est d’essayer de ne pas être « . On s’inspire aussi de n’importe quel pochtron rencontré sur un zinc, on l’étudie, on l’observe pour s’imprégner.

Les personnages de Paul et Harry s’opposent en tous points, avez-vous pensé ensemble vos rôles pour marquer encore plus ces contradictions ?

MR : Cette opposition fonctionne car les deux personnages ne jouent pas sur les mêmes registres. Harry crie alors que Paul parle posément. J’ai aussi la chance de travailler avec une troupe où l’entente est vraiment sincère.

KH : La notion de dosage est très importante pour révéler progressivement les clés du personnage. Lors des répétitions, il  y a un équilibre à trouver.

BT : La contradiction nait dans l’écriture, avec cette volonté de mettre en opposition des personnages et puis, il y a aussi le fait qu’à l’assemblage, le duo fonctionne.

Benoit Tachoires, comment vivez-vous le fait d’être le dindon de la farce dans cette histoire ?

BT : C’est très drôle à jouer, car tout se met en place au fur et à mesure de l’intrigue. C’est un véritable plaisir d’acteur, il n’y a aucun souci . D’autant plus que certains spectateurs expriment une certaine empathie pour le personnage de Harry, ce qui signifie que l’on a réussi notre interprétation, c’est plutôt flatteur.

L’intrigue se passe en 1946, pourtant la morale de l’histoire fait encore sens aujourd’hui, c’était un élément essentiel pour vous ?

MR : Oui, mais il ne faut pas voir ça comme la volonté de transmettre un message. Si les spectateurs y voient une certaine morale, c’est bien mais ce n’était pas mon objectif. J’ai choisi cette pièce car le sujet me touche et touche la troupe je pense. Ça correspond à ce qu’il y a en moi en ce moment.

Et qu’en est-il de l’esprit rétro ? C’était important pour vous ? Comment vous êtes -vous plongé en 1946 ?

MR : J’ai toujours aimé ce qui était rétro, indépendamment d’un phénomène de mode. Je regarde beaucoup de vieux films, cet univers fait partie de ma vie. Pareil pour l’affiche, il y a déjà quelques temps, on m’a offert un bouquin sur les vieilles affiches c’est donc naturellement que j’ai choisi une affiche rétro pour le spectacle.

BT : Et puis transférer l’histoire à notre époque aurait été bête.

RL : Pour plonger dans l’époque d’après-guerre, l’essayage des costumes nous aide énormément, nous sommes tout de suite embarqués.

La  pièce est programmée cinq soirs par semaine et ceci jusqu’à la fin mai, Comment faîtes -vous pour tenir le rythme ?

MCL : Oh on a vu pire vraiment. Quand tout se passe bien c’est finalement le genre de question qu’on ne se pose pas.

RL : Le plaisir de jouer est un très bon anti-fatigue.

Même si la pièce est rodée, apportez-vous quelques modifications au cours des représentations ?

RL : Je dispose d’un petit joker à la fin de la pièce, pour le choix du proverbe par exemple…

BT : On ajuste certains détails surtout visibles pour la troupe. Ça permet d’apporter du renouveau mais pas de changement fondamental de mise en scène.

KH : Certaines modifications peuvent effectivement être apportées afin de conserver, tous les soirs, la même justesse de jeu.

A quand remonte le début de ce projet ?

MR : Les premières lectures à cinq ont commencé en avril 2010.  Après les vacances d’été, le rythme s’est accéléré et nous avons commencé les répétitions à la mi-novembre.

Manon, en ce moment, vous êtes aussi, à l’affiche (comme comédienne) de la pièce Le Temps du Gourdin, la transition est-elle facile ?

MR : Non ça ne me pose aucun souci pour passer de l’un à l’autre. A partir du moment où ce n’est pas pour la même pièce c’est plus facile.

La metteuse en scène stresse-t-elle chaque soir ?

MR : Oui, je dois avouer que je suis assez angoissée lors des représentations. J’ai peur qu’il se passe quelque chose  avec les comédiens, bien sûr j’ai confiance. Ça peut aussi être avec le décor, comme une poignée de porte qui tombe, ou un élément de costume qui lâche.

MCL : Mais ça peut arriver tous les soirs.

MR : Oui je sais…je me soigne pour ça (rires).

Avez-vous d’autres projets en parallèle ?

BT : On ne peut pas se permettre de se disperser, il faut rester en forme et donner le meilleur chaque soir.

MCL : Et puis il y a projet et projet. En ce moment par exemple, je n’ai pas envie de courir les auditions, on est bien ici.

 

 

 

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Floriane Gillette

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