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Oecuménisme au Festival Musique sacrée à Perpignan

Oecuménisme au Festival Musique sacrée à Perpignan

14 avril 2022 | PAR Gilles Charlassier

Le Festival Musique sacrée à Perpignan défend une large ouverture à des répertoires différents. Placée sous le signe de l’Arménie, la soirée du 9 avril en témoigne, dans l’église des Dominicains, avec une première partie intime en compagnie du duduk d’Haïg Sarikouyoumdjian, avant un voyage choral et coloré emmené par l’ensemble Canticum Novum.

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La période pascale est, en Catalogne française, un moment de fervent folklore religieux, non sans vertus de carte postale, qui rappellent l’empreinte du monde hispanique. Lorsqu’elle a repris les rênes du Festival Musique sacrée programmé usuellement à ce moment de l’année à Perpignan, Elisabeth Dooms a voulu enrichir la mosaïque de répertoires proposés au public. Les cinq grandes soirées de cette 36ème édition l’illustrent, passant d’une époque à l’autre, entre la Passion selon Saint-Jean de Scarlatti sous la direction de Leonardo Garcia Alarcon, les décantations baroques et de Jonathan Harvey par Les Métaboles ou encore Gesualdo par Paul Agnew et Les Arts Florissants, mais également d’un pays à l’autre, sous les augures de traditions multiséculaires. Si le vendredi 8, l’église des Domicains résonne du rite andalou avec la compagnie Tavernier-Vellas et sa Misa flamenca, le lendemain convie le public en Arménie pour un voyage en deux étapes.

La soirée s’ouvre avec un trio de chant et duduk, emmené par Haïg Sarikouyoumdjian. Les sonorités de cette variante arménienne du hautbois fascinent d’emblée par ses arabesques orientalisantes déclinées avec une émouvante sobriété par le jeune soliste, au gré d’improvisations mêlées de mélismes vocaux. Avec une économie de moyens admirable, tirant parti des ressources idiomatioques de la lutherie du duduk, les trois musiciens esquissent des évocations de leur pays montagneux, autant que de paysages intérieurs, dans une pulsation suspendue, façonnant une captivante parenthèse intime et onirique. L’attention silencieuse de la nef des Domicains ne trompe pas.

La seconde partie, avec le Canticum Novum, sous la direction d’Emmanuel Bardon, prolonge ce voyage par une traversée chatoyant de timbres et de rythmes. La nomenclature instrumentale affirme en soi un généreux cosmopolitisme dépassant les clivages d’époque, avec, dans la famille des vièles, le kamensheh, joué des Balkans à l’Asie centrale, la lira, sa cousine crétoise, le nyckelharpa venu de Scandinavie, et la fidula, autre héritage médiéval. Aux côtés de l’emblématique duduk résonnent le kanun, de la branche des cithares, et l’oud, pour celle des luths, sans oublier un camaïeu de percussions. L’oecuménisme se retrouve dans le florilège où se succèdent chants traditionnels arménien, mélodies de troubadours, danses de cour ou populaires, pages lithurgiques et romances judéo-espagnoles, sans oublier l’emblématique ode Havoun havoun. L’envoûtement de cette alchimie singulière entre résignation et vitalité fervente se fait aussi défense lumineuse de la fraternité humaine portée par la musique.

Mais le Festival Musique sacrée à Perpignan ne se limite pas à ces grands rendez-vous où les mélomanes peuvent communier dans des répertoires par ailleurs gravés au disque. Les initiatives artistiques et pédagogiques foisonnent dans la ville, pour encourager les habitants – et les touristes – à s’appropier autrement un patrimoine animé par les notes, à l’exemple du parcours guidé qui fait étape à l’église Saint-Jacques, point de départ de la procession de la Sanch, célébration de la Passion du Christ le Vendredi Saint, en compagnie du duo amateur Les Aoédées. Les frontières n’ont pas droit de cité à Musique Sacrée à Perpignan.

Gilles Charlassier

Festival Musique sacrée à Perpignan, concerts du 9 avril 2022.

©Michel Aguilar

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