Théâtre

Remarquable François d’Assise

14 juin 2010 | PAR Margot Boutges

François d’Assise se met en scène du 8 juin au 11 juillet au théâtre Artistic Athévains. Récit d’une existence atypique, profondément humaine où la quête mystique n’est pas renoncement mais prise de conscience de la beauté du monde.

La pièce nous plonge dans l’Italie du XIIeme siècle. Elle nous conte l’histoire d’un homme plutôt que celle d’un saint, de ses premiers émois à sa mort précoce. François est né dans la petite ville d’Assise et la pièce passe en revue tous les évènements qui ont jalonné sa vie. Ce dernier fuit la maison paternelle, rencontre la jeune Claire tombée aux mains d’agresseurs future fondatrice de l’ordre des clarisses, rassemble les peuples autour de sa parole, sillonne le pays, prêche aux oiseaux, reçoit sur ses paumes les blessures du Christ, jette son dernier souffle dans une Italie qui se dispute les reliques du saint… Comme autant de volets d’un polyptyque. Elle explore surtout le regard qu’il porte sur le monde qui l’entoure et qu’il entoure. Car François d’Assise est un formidable observateur, en proie à l’émerveillement perpétuel : le regard aiguisé qu’il porte sur la création est tout à la fois lyrique et pragmatique. S’il fuit parfois vers les cieux, il n’en reste pas moins toujours en lien direct avec la terre et tous les êtres qui la foulent et la survolent. On est loin de l’abstraction mystique. Saint François prêchait aux oiseaux, pensant que son message d’amour devait être entendu de tous. François ne vit pas dans une tour d’ivoire, en anachorète mais en harmonie avec l’univers et ses contemporains. Et Dieu dans tout ça ? Dieu est une force créatrice, une incarnation du monde qui aurait pu prendre d’autres visages. François aurait pu être athée. Il ne véhicule pas une doctrine mais plutôt un point de vue sur le monde. Pour l’évoquer, il préfère le terme de françoisien que celui de franciscain. Car la robe de françoisien peut être revêtue par tous, croyants ou non.

François d’Assise explore deux dimensions du personnage : terrestre et mystique. « Ce qui est remarquable avec François d’Assise c’est que, contrairement à la plupart des mystiques, il ne se coupe pas des réalités matérielles. Pour lui, l’ordre, le fonctionnement du monde devient objet d’explication, de révélation, de « joie parfaite ». François n’est pas désengagé de la vie. Il s’y plonge pleinement » explique Adel Hakim, le metteur en scène. Saint François est bien un être de chair, de désir, de pulsions, de soif, de faim. Il est soumis à la tentation de la frangipane et du corps des femmes. Et il mord dans les deux. Car les tentations de ce monde n’ont rien de tentations bibliques : Il ne s’agit pas de les rejeter, de les combattre farouchement. François accepte l’homme dans ses imperfections et sa nature. Il n’est pas dogmatique mais diffuse un message d’acceptation. La mise en scène sublime cette dualité entre lien terrestre et quête mystique. François est un homme qui a les deux pieds dans la terre sombre qui constitue le décor. Il se roule dedans, nous confronte à sa nudité lorsqu’il se dépouille de ses vêtements pour ne plus rien garder de ce que lui a donné son père et embrasser l’indépendance. Il fait pousser ses champs de blé et en cueille les épis. François est aussi un saint qui règne sur les éléments. Ce faiseur de miracles tire parfois le fil de la lune, créant lui même le décor qui l’entoure.

La pièce est portée par l’interprétation d’un seul et unique comédien : Robert Bouvier. Il est seul sur scène, dialoguant avec les absents, portant sur ses épaules l’ensemble de la création et l’évoquant si bien qu’on la discerne parfaitement. S’il est parfois malhabile dans la gestuelle, il est enthousiasmant dans l’interprétation. Les lumières dessinent un visage buriné, parfois grossier, profondément humain. Il nous fait découvrir ou reconquérir un personnage fascinant, nous faisant naviguer dans un retable du trecento sur l’autel d’une petite église. On est émerveillé face à la scène de la stigmatisation, lorsque il reçoit les blessures du Christ. Il adopte l’attitude d’un crucifié et se transforme en idole picturale. La tension dramatique nous emporte.

Ce qu’on retiendra de cette pièce, c’est qu’elle nous a donné beaucoup à voir, par une fenêtre gigantesque ouverte sur le monde. Le jour se lève, François est sur les collines d’Assise. Il regarde autour de lui et décrit aux spectateurs les formes révélées par le soleil, passant en revue les champs, les petites villes ocres, les chapelles terre de sienne… Il lève un rideau sur un paysage imaginaire et parfois, vient s’assoir avec les spectateurs pour le contempler…

Informations pratiques :

François d’Assise d’après Joseph Delteil, mis en scène par Adel Hakim avec Robert Bouvier du 8 juin au 11 juillet, tous les jours sauf le lundi

Théâtre Artistic Athévains, 45 bis rue Richard-Lenoir (Paris 11), Métro Voltaire

Réservez au 0143563832

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Margot Boutges

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