Théâtre

« Pur Présent » d’Olivier Py, tragédies contemporaines pour questions d’hier et d’aujourd’hui

« Pur Présent » d’Olivier Py, tragédies contemporaines pour questions d’hier et d’aujourd’hui

08 juillet 2018 | PAR Elie Petit

Dans la salle de la Scierie d’Avignon, le public se déploie en tri-frontal, des trois côtés de la scène. Aux abords d’un simple plateau carré surélevé, un piano masque le 4ème larron du trio d’acteurs qui conduit 3 heures durant un tiercé de tragédies contemporaines, écrites et mises en scène par Olivier Py, perfusé à Eschyle. Ce sera La Prison, L’Argent et Le Masque.

La scène est on ne peut plus sobre, de simples praticables. En arrière-plan, une grande image mi-onirique, mi-réaliste d’émeute, de bataille rangée dans un quartier. Le public est placé des trois côtés de la scène sur de simples chaises, qui grincent parfois, dans la Scierie, véritable hangar dans son jus.

La première tragédie se joue entre les 4 murs d’une prison. Un fils de banquier vient rechercher l’onction auprès d’un caïd. Leur discussion est accrochée, les thèmes sont riches : la terreur qu’il faut faire régner, l’espoir qu’il faut réduire à néant, la recherche de noblesse des enfants voleurs, la recherche de la mort glorieuse, la prison et l’âme. Servis par un texte d’une belle poésie.

Les comédiens sont excellents : Dali Benssalah joue des monologues renversants, Nâzim Boudjenah de la Comédie Française en méchant si méchant que sa cruauté en est comique et enfin Joseph Fourez qui change de personnage comme de chemise. La sélection musicale offerte par le pianiste Guilhem Fabre est tout à propos et certains passages, comme celui du « tabassage en règle », qu’il bruite au piano, sont très réussis. On y est, on y croit, dans la prison, la famille, l’enfermement.

Un fil conducteur se dégage : Comment vivre dignement ? C’est finalement le ressort dramatique qui meut ici tous les personnages, qui essayent tous de s’extirper d’une condition, quitte à tuer, à détruire, à écraser, pour vivre, eux, dignement. Un verbe, un infinitif que certains, au fur et à mesure, tentent d’amener, vivre, vers le collectif plutôt que de le laisser exister comme simple expérience individuelle.

Le texte est fort, les phrases résonnent « Tu ne sais même pas ce qu’est une fenêtre » dit le prisonnier, « Tu es seul comme un roi, je suis pauvre comme un dieu » lui répond plus tard le fils de banquier. Avant, tous deux, de mourir. Comme le dit Olivier Py dans sa note d’intention, « la tragédie finit bien. »

La deuxième tragédie, L’Argent, nous braque d’entrée, mettant en jeu un parricide qui n’aura pas lieu, conduira au suicide du fils incapable, hésitant face à l’héritage de son père, un banquier des crypto-monnaies. On y parle pouvoir de l’argent, pouvoir des hommes face à lui, délégation de la responsabilité de la catastrophe à venir à des robots annulant plus d’ordres qu’ils n’en concluent, pour faire monter la fièvre sur les marchés.

Dans les rangs, à la pause, deux personnes s’échauffent. L’un a mis le pied sur le dossier de la chaise de l’autre. Qui a le droit ? De quoi ? On se provoque. « Cette pièce parle des bourgeois et les voilà ». C’est une interprétation.

La troisième tragédie Le Masque met en avant la question de la responsabilité, du masque que porte celui qui a déchiré l’accord entre le politicien vendu et le banquier acheteur. Un geste de simple citoyen, devenu médiatique, qui ne doit son salut qu’à son masque. Mais à l’heure de revendiquer, de s’exprimer, de représenter la masse, il est difficile d’assumer. Le masque sert ici à la fois à l’universel et à la fuite.

Pur Présent d’Olivier Py constitue une expérience à plusieurs titres réussie, d’une réalité bluffante, d’un véritable intérêt intellectuel et d’un jeu admirable.

Du 7 au 22 juillet 2018 à la Scierie, Avignon.

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Elie Petit
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