Théâtre

Portrait d’oeuvre : Angels in America une pièce culte sur le sida

Portrait d’oeuvre : Angels in America une pièce culte sur le sida

30 novembre 2011 | PAR La Rédaction

Angels in America : A Gay Fantasia on National Themes écrite en 1991 par l’écrivain américain Tony Kushner demeure l’œuvre phare traitant du sida lié aux thèmes de l’homosexualité, de la marginalité, de la religion, de la culpabilité et de la transcendance. On y suit les destinés de plusieurs personnages au milieu des années 80, dont celle de Prior Walter qui se découvre atteint du sida et doit l’annoncer à son compagnon, Louis Ironson, juif démocrate qui est sur le point de le quitter. Une pièce crue, sans concession qui montre l’affaiblissement physique et morale, la dégradation corporelle de Piotr mais qui sublime son état, magnifie sa lutte : le personnage est visité par un ange qui le proclame prophète.

Depuis sa création, la pièce a fait grand bruit, recevant de nombreuses récompenses prestigieuses, puis a été déclinée sous diverses formes : une saga télévisée en six épisodes réalisée par Mike Nichols et diffusée en 2003 pour la première fois. Elle bénéficia d’une belle distribution qui comportait Al Pacino et Meryl Streep et fut récompensée par un Golden Globe et un Emmy Award de la meilleure télésuite. Puis la pièce de Kuschner est devenue le livret d’un opéra du compositeur hongrois Péter Eötvös présenté en première mondiale à Paris au Théâtre du Châtelet. Le metteur en scène Philippe Calvario réunissait des stars lyriques telles que Barbara Hendricks (l’Ange de l’Amérique) et Julia Migenes.

En France, plusieurs mises en scène ont marqué les relations entre la société et sa façon d’appréhender le Sida. En 1994, Brigitte Jaque crée l’événement au Festival d’Avignon. Elle présente au Cloitre des Carmes et pour la première fois en France, sa version d’Angels in America traduite par Gérard Wajcman et assistée de Jacqueline Lichtenstein et François Regnault. Le spectacle est un triomphe. Contrairement à la mission de Tony Kushner qui en fait une pièce militante, elle ne cherche pas à faire un spectacle gay pour les gays. Suite au triomphe de sa mise en scène, Brigitte Jaque monte ensuite le diptyque en intégrale devenant en France l’ambassadrice européenne de Kushner. C’est elle qui a rendu la pièce publique. Ceux qui ont eu la chance de voir ce spectacle en parlent encore. Pourquoi un tel engouement ? Pour la première fois, un spectacle venait parler ouvertement de l’homosexualité et du Sida alors que l’épidémie s’installait déjà comme une affreuse normalité.

Et ensuite ? Le temps passe. Il faut attendre plus de 10 ans pour voir l’adaptation lyrique de la pièce mise en scène par Philippe Calvario au Châtelet. Peter Eötvös est compositeur, chef d’orchestre et un des principaux interprètes du répertoire contemporain. Son œuvre est marquée par le cinéma et le théâtre auquel il destine ses premières compositions (dont fait partie Les Trois sœurs en 97-98). Il s’intéresse à des auteurs contemporains et souvent subversifs tels que Genêt dont il créé un opéra à partir de sa pièce Le Balcon puis Gabriel Garcia Marquez avec Love and other Demons (2007). C’est alors tout naturel qu’il met en musique la pièce phare Angels in America dont il condense l’intrigue monumentale dans un livret d’opéra d’une durée de moins de deux heures tout en restant fidèle à la trame et au dialogue du texte initial. Il le met en musique avec des sonorités étrangement abstraites, surréalistes et électroniques à base de percussions et marimbas qui correspond bien à l’atmosphère irréelle de la seconde partie . La composition musicale date de 2007 et a vu le jour sous la direction d’orchestre de son créateur lui-même en première mondiale sur la scène du théâtre du Chatelet à Paris dans la mise en scène « baroque », franchement colorée et exubérante de Philippe Calvario. Le thème du sida traverse l’œuvre dramatique de ce jeune metteur en scène et comédien né en 1973. Il a monté Roberto Zucco de Koltès et plus récemment Une Visite inopportune de Copi, a lu à deux voix avec Patrice Chéreau « Le Mausolée des amants » d’Hervé Guibert en tournée en France et à Paris. Les années sida apparaissent jusque dans la pièce qu’il a écrite et mise en scène aux Amandiers-Nanterre, elle s’intitulait « Parasites » et présentait entre autres deux jeunes personnages appartenant à la génération sida des années 80 : Petrick contaminé par le virus qui mettait enceinte sa copine Friederike. En mai 2004, Calvario expliquait à Pierre Notte la manière dont il s’est engagé dans le projet de monter « Angels » : « Je veux suivre la partition. Les compositions de Peter Eötvös alternent les registres, passent d’un univers à un autre, la distribution des rôles marquant les différences. Julia Migenes, Barbara Hendricks, Roberta Alexander… Je vais me laisser guider par les timbres, les voix et les tempéraments. Dans la pièce, la notion de clan, autre réminiscence shakespearienne, est très forte. Angels in America expose des familles, des bandes rivales qui se déchirent, qui s’entredévorent. Je veux donner à voir ces luttes que Tony Kushner aborde dans un découpage quasi cinématographique. Le décor et les mouvements dans l’espace marqueront cette cohabitation des mondes ou leurs déchirements« . La création a bénéficié d’une distribution prestigieuse. Le casting comprenait David Adam Moore dans le rôle principal de Walter, l’impressionnante Julia Migenes qui jouait plusieurs personnages mais a trouvé dans Harper un de ses meilleurs rôles, et Barbara Hendricks interprétait l’Ange.

L’intérêt de remonter aujourd’hui ce texte écrit en 1991, est de replonger dans les premières années Sida et la vie de la communauté gay à New-York. La dernière version théâtrale présentée en France date de 2007, c’est la réalisation éblouissante de Krzysztof Warlikowski, le metteur en scène polonais désormais incontournable dans le paysage théâtrale européen. Il démontre dans sa production que monter Angels in America c’est aussi livrer un discours plus universel : « Ce qui m’intéresse est moins qu’elle soit une pièce sur le sida qu’une pièce sur la faute, le sentiment de culpabilité et le pardon. Bien sûr, elle est inscrite à un moment de l’histoire et dans une société précise. Mais sa puissance est dans la manière dont sont saisies des problématiques qui transcendent les questions les plus lisibles au premier regard» a-t-il déclaré. La pièce est une sorte d’épopée, un spectacle fleuve qui parle de la vie, de la la mort, de l’amour. C’est aussi une pièce sur l’histoire intime de couples en crise et une vision importante sur le contexte politique, économique et spirituel d’une société en mutation.

Angels in America a réussi a devenir un classique. Chaque génération peut s’emparer de cette pièce et la faire raisonner avec l’actualité des relations entre les hommes et cette maladie, aujourd’hui, vue, à tort comme moins dangereuse.

Christophe Candoni et Amélie Blaustein Niddam

Visuel 1 : Angels in America, mise en scène Brigitte Jaque : photographie (c) Daniel Cande

Visuel 2: Angels in America, mise en scène Krzysztof Warlikowski: source : yanous.com


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