Théâtre

Par la fenêtre ou pas ! Un inédit de Pierre Notte à la Manufacture des Abbesses

06 juillet 2011 | PAR Christophe Candoni

De Pierre Notte, on a applaudi cette saison Deux petites dames vers le nord, Et l’enfant sur le loup ou encore Pour l’amour de Gérard Philipe, mais on ne connaissait pas Par la fenêtre ou pas ! La pièce date de 2006 et a été confiée par l’auteur lui-même aux jeunes comédiens de Simone et Compagnie pour qui il a eu un véritable coup de cœur. La troupe avait déjà monté une de ses pièces, Journalistes, et c’était à l’occasion de ces représentations l’année dernière , que Pierre Notte les avait rencontrés. Emballé, il leur propose de monter un de ses anciens textes remanié, ce qu’ils ont fait. C’est à la Manufacture des Abbesses jusqu’au 31 juillet 2011.


Quand sept personnes totalement foldingues se retrouvent arbitrairement coincés dans un compartiment de train entre Paris et Venise, ou plutôt au milieu de nulle part, dans une Suisse enneigée en plein mois de mai ; cela permet aux langues de se délier, aux tempéraments, même les pires, de se révéler, et la crise n’est jamais loin. Dans ce huis-clos à la fois mystérieux et délirant, la civilisation est mise à rude épreuve et l’humain, débarrassé de toutes convenances, révèle sa vraie nature. Pierre Notte dépeint une galerie de personnages improbables. On y croise une veuve qui transporte les cendres de feu son mari dans son sac de voyage, une cantatrice italienne paumée et égocentrique qui a volé un enfant, les évanouissements chroniques d’un contrôleur de train qui a quitté sa femme pour un mot prononcé, et une folle tragédienne qui a vandalisé un tableau de Maître. Ils sont aussi pathétiques que repoussants, drôles mais pas franchement sympathiques. En dévoilant au grand jour leurs petits et grands travers avec un malin plaisir, les comédiens mettent en évidence la part de monstre de ces êtres là ainsi que de nous même. Ils font rire avec les angoisses, les frustrations, les fantasmes, les lâchetés, les obsessions, les secrets indicibles de chacun. On reconnait bien là le goût de Pierre Notte pour les situations noires voire sordides, où le glauque est mêlé à une fantaisie bienvenue. L’auteur sait bien qu’on ne fait pas du bon théâtre avec des bons sentiments. On croit reconnaître quelques unes de ses influences, comment ne pas penser à Copi ou au théâtre de l’absurde. Le ton est toujours celui de la comédie, joyeuse mais jamais convenue, déjantée et grinçante, c’est absolument jubilatoire.

Antoine Humbert joue, signe aussi la mise en scène inventive avec les simples moyens dont il dispose et conçoit une scénographique intelligente et astucieuse. Tous les comédiens s’amusent à camper les personnages en forçant irrésistiblement le trait. Ils sont vifs, mordants, outranciers, surmontent sans difficulté les quelques longueurs d’une partition parfois trop bavarde. Sans aucun doute, ils se libéreront davantage au fur et à mesure des représentations, mais ils font déjà preuve d’un plaisir du jeu qui fait du bien et d’un merveilleux esprit de troupe pour s’accomplir avec bonheur sur scène. Un excellent divertissement pour le public parisien cet été.

 

Boris Charmatz transpose son musée de la danse à Avignon
Les bien-aimés en demy-teinte à La Rochelle
Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *