Cinema

Les bien-aimés en demy-teinte à La Rochelle

06 juillet 2011 | PAR Margot Boutges

Entre la rétrospective David Lean, l’hommage à Jean-Claude Carrière ou la découverte de la filmographie du cinéaste tchadien Mahamat-Saleh Haroun, auteur du très acclamé Un homme qui crie (prix du jury à Cannes 2010), le festival international du film de La Rochelle propose en avant-première Les bien-aimés de Christophe Honoré, récemment présenté à Cannes en marge de la compétition officielle. Au vu de la file d’attente aussi interminable que désordonnée et la moyenne d’âge des spectateurs de la salle, largement inférieure à celle des festivaliers habituels, il est clair qu’Honoré continue de s’imposer comme le cinéaste chéri de la nouvelle génération.

Des sixties aux années 2000, Madeleine et sa fille Vera croisent des hommes auxquels elles se lient superficiellement. Car leur cœur et leur corps ne retiennent finalement qu’un amour. Madeleine entretient une passion pour Jaromil et Vera pour Anderson.

Après L’homme au bain (2010) qui marquait une rupture dans son œuvre cinématographique, Honoré revient à ses recettes habituelles en rassemblant à l’écran des ingrédients qu’il aime à décliner avec plus ou moins de fidélité depuis Les chansons d’amour (2007). Chiara Mastroianni, Ludivine Sagnier et Louis Garrel sont à nouveau devant la caméra et Alex Beaupain aux commandes de la composition musicale. Une fois encore, les interprètes chantent la joie juvénile, l’errance, la désillusion, les sexes qui se troublent et les corps qui se cherchent.

Avec Les bien-aimés, c’est bien l’amour que Honoré s’attache célébrer, celui qui  traverse le temps et l’espace, celui qui éclipse les autres relations, en dépit ou à cause de l’incapacité de vivre en couple. Dans cette histoire qui s’abrite sous les Parapluie de Cherbourg, il réunit à l’écran Catherine Deneuve et Chiara Mastroianni dans une relation mère-fille qui fait écho à la réalité, revendiquant par le biais de ses actrices sa filiation à Jacques Demy. La muse de Demy rencontre ainsi celle d’Honoré pour lui transmettre son héritage. Si  on déplore une partition musicale très en deçà de celle des chansons d’amour, dont la justesse bouleversante était hantée par la dimension autobiographique des paroles composées par Beaupain, on ne boude pas son plaisir en grignotant ce bonbon tantôt sucré, tantôt amer mais manquant un tantinet d’acidité. L’indéniable attractivité du cinéma d’Honoré réside dans sa manière de dépeindre des personnages traqués par les sentiments et dont le désespoir et l’avilissement sont toujours teintés d’élégance, à l’image des ses interprètes. Le résultat est beau, frais (mais jusqu’à quand pourra-t-on encore parler de fraicheur dans un schéma qu’Honoré s’emploie à institutionnaliser ?) mais comme amputé d’un petit quelque chose. De la verve dans les dialogues peut-être ? A la croisée des explorations amoureuses et familiales  fortement antinomiques de Jacques Demy et d’Arnaud Desplechin, Honoré continue de bâtir une œuvre personnelle et charmante qui atteint rarement le niveau des deux inspirateurs dans leur genre respectif.

 

Les bien-aimés, un film de Christophe Honoré avec Catherine Deneuve, Chiara Mastroianni, Ludivine Sagnier, France, 2011, sortie le 24 aout 2011

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