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Pantagruel au Théâtre de l’Athénée : humanisme et paillardise

Pantagruel au Théâtre de l’Athénée : humanisme et paillardise

13 novembre 2013 | PAR La Rédaction

Après Molière et Cyrano de Bergerac, c’est au tour de Rabelais de passer à la casserole de Benjamin Lazar sur les planches du Théâtre de l’Athénée. Un spectacle horrifiquement drôle à voir jusqu’au 30 novembre.

[rating=5]

Benjamin Lazar, qui s’est fait une spécialité du théâtre baroque, met en scène les Horribles et épouvantables faits et prouesses du très renommé Pantagruel Roi des Dipsodes, fils du Grand Géant Gargantua. Un titre à rallonge pour une geste fournie, en forme de double défi théâtral. La langue d’abord. Rabelais écrit dans un français plein d’ « oncques », « icelui » et autres « ousées de pluie » : tout un vocabulaire fleurant bon un XVIe siècle bien éloigné pour les lecteurs et spectateurs contemporains. Ensuite, les péripéties et rebondissements sans fin des aventures du gentilhomme Pantagruel. En parfait humaniste, le seigneur et géant parcourt la France d’Angers en Avignon, quelques fois à cheval, quelques fois sur mer, suivant là l’enseignement de médecins qui « sentent les clystères comme vieux diables », soulevant ici une cloche du petit doigt « aussi facilement que feriez une sonnette d’esparvier », avec pour compagnons les intarissables Panurge et Alcofribas Nasier.
Un comédien et deux musiciens : et voilà le défi relevé ! C’est tout en poils, postillons et éructations qu’Olivier Martin-Salvan incarne tour à tour le narrateur Alcofribas, Pantagruel en bébé hurlant, puis étudiant affamé de bonne chère et de savoir, Panurge en vagabond multilingue. Ce n’est pas seulement la bouche qui parle et narre mais son corps tout entier. Ainsi physiquement déclamé, le langage rabelaisien perd de son obscurité pour devenir poésie truculente. Les archaïsmes brillent entre les dents d’Olivier Martin-Salvan comme les paroles gelées, réchauffées entre les mains velues de Pantagruel. De cette logorrhée bien mâchée et articulée, on rit souvent à gorge déployée. Numéro d’anthologie : Pantagruel dans une bibliothèque dévore les livres (au sens propre bien sûr), pour recracher et déblatérer le salmigondis plus ou moins savant qui s’y trouve écrit. Contre le papier qui fige le langage, Rabelais oppose salive, dents, langue volubile et lèvres gourmandes, ce que Benjamin Lazar a bien compris.
C’est en musique que Pantagruel naît, jambons et boudins à la main. Lointain écho des musiciens de cour, David Colosio a composé pour luth, flûte et cornet à bouquin une musique, elle, bien contemporaine. D’accompagnement discret en interludes endiablés, les deux musiciens Benjamin Bédouin et Miguel Henry passent de témoins muets en compagnons sautillants, complices des frasques du géant. Leur musique tisse la trame qui lie peaux de bêtes, raphia et feuillages, les éléments d’un décor et de costumes rustiques. Pour un peu, on sentirait presque l’étable et le lard fumé. De ces aventures rocambolesques le merveilleux n’est jamais loin. Alcofribas visite le gosier pantagruélique et ce sont d’indolents ballons dorés en forme de méduses flottantes qui composent un univers à la fois gastrique et marin… Et ce n’est pas la moindre des belles et poétiques idées de mise en scène.
Comme de la baleine de Pinocchio, on sort rêveurs et moins bêtes du ventre de Pantagruel. Si ne courrez à l’Athénée, « que le feu saint Antoine vous brûle, que le haut mal vous chavire, que la chiasse sanglante vous vienne, que le feu vénérien attrapé au ricrac vous entre dans le fondement » !

Victorine de Oliveira

Visuel : (c) Théâtre de l’Athénée

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