Spectacles

Ostermeier adapte « Retour à Reims » d’Eribon et nous laisse de marbre au Lieu Unique

29 octobre 2019 | PAR Heilen Beyer

Le dernier spectacle de Thomas Ostermeier divise. Et l’on comprend pourquoi. En s’attaquant à un texte sociologique aussi important que Retour à Reims de Didier Eribon, Ostermeier a pris des risques. Son Retour à Reims n’apporte malheureusement pas grand chose au texte de Didier Eribon. Chronique du spectacle au Lieu Unique à Nantes, après son passage au Théâtre de la ville à Paris (lire notre article ici). 

 

Dans son récit, Retour à Reims, Didier Eribon raconte sa jeunesse, son encrage familial et social. Mais aussi la fuite de cet univers il y a trente ans puis son récent processus de retour et de réconciliation avec son passé. En effet, le philosophe et sociologue français est issu du milieu ouvrier. Il décrit cet univers comme emprunt de misère, de violence et d’inégalités. Il raconte « Les invisibles », ces personnes qui se sentent en marge, pris au piège dans un système qui ne les écoute pas. 

 

« Mon projet était de reposer les problèmes de la sociologie et de la théorie politique

à partir de la description d’une expérience personnelle. »

 

Sur scène, l’espace est plutôt sombre, fermé, avec peu de profondeur. Les trois comédiens sont enfermés dans un studio d’enregistrement, un peu comme dans une capsule de laquelle nous arrivent leurs voix. Parfois même on ne les distingue qu’à peine car les comédiens sont dans un studio d’enregistrement qui étouffe les sons. Cela procure une sensation d’isolement, voire d’étouffement. De même que ces invisibles dont on parle, qui se sentent isolés.

En arrière-scène, un écran diffuse un film réalisé par Thomas Ostermeier et Sébastien Dupouey. Défilent sous nos yeux des paysages urbains, des portraits d’inconnus, des images d’archive plus ou moins récentes. Pendant que ce film passe, Irène Jacob lit le texte d’Eribon. Sa voix est certes très agréable ; le film est bien réalisé. Cependant, ce qu’Ostermeier met en scène dans ce spectacle ce n’est quasiment qu’une femme qui lit le texte d’Eribon, pendant que défile un film.

C’est beau, c’est vrai, mais on se demande si la forme théâtrale était vraiment nécessaire. Quelques passages viennent illuminer le spectacle et nous rappeler que l’on est au théâtre. Heureusement car on hésiterait entre une lecture et une séance de cinéma.

Ostermeier a peut-être voulu trop en faire. Le spectacle manque de perspective et ne tranche pas. Le public est noyé sous les références historiques, analyses, accusations politiques, fractures sociales, le devoir de mémoire, l’héritage, la dignité, la parole, l’histoire de la pensée ouvrière, la mort de la gauche française, les Tirailleurs, Bourdieu, Bolloré, Mai 68, les gilets jaunes… Le message ne passe pas. Eribon, dans son ouvrage, parle d’une « multitude de batailles fragmentaires ». A l’image de cette expression, le spectacle d’Ostermeier illustre toutes ces batailles mais n’en tire pas vraiment de conclusion. On reste sur notre faim. Autant lire le livre.

 

© Mathilda Olmi

L’Opéra municipal de Marseille, une Maison ouverte à tous. Interview de Maurice Xiberras.
L’agenda des soirées d’Halloween est sorti !
Heilen Beyer

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *