Théâtre
Théâtre du Rond Point-Orgueil, poursuite et décapitation ou la folie familiale jubilatoire

Théâtre du Rond Point-Orgueil, poursuite et décapitation ou la folie familiale jubilatoire

08 juin 2011 | PAR Bérénice Clerc

« Orgueil, poursuite et décapitation » vaudeville ultra contemporain nous entraine dans les folies familiales jusqu’au 2 juillet au théâtre du Rond Point.

Cette pièce à l’affiche depuis le 31 mai n’a rien à voir avec son titre hérité du premier projet de son auteur Marion Aubert.

Cette pièce à la manière du grand guignol nous offre des tranches de vies coupées dans le vif de personnages à l’histoire familiale complexe. La mise en scène démarre sur les chapeaux de roue comme une comédie musicale chorégraphiée et décalée, le labyrinthe des histoires bientôt jouées nous est exposé. Nous découvrons l’auteur, comme personnage central, joué par Marion Aubert elle-même.

La pièce peut démarrer, des décors mobiles forment une scénographie légère qui servira avec élégance toute la pièce dans une fluidité enfantine, ludique et sympathique.

Elizabeth Mazev ouvre le bal de cette folle entreprise familiale avec son immense talent. Une belle mère odieuse, imaginant les pires stratagèmes pour faire fuir sa belle fille et récupérer son fils adoré. Tout y est, le costume, les mimiques, la diction, le rythme, le grain de folie, la présence. Les rires des spectateurs lui renvoient sans cesse la balle pour rebondir encore plus haut et plus loin. Si le mot comédienne avait une allégorie, Elizabeth Mazev en serait une parfaite.

Personne ne peut oublier Elizabeth Mazev sur sa palissade de l’Opérette Imaginaire de Valère Novarina au théâtre de la Bastille ou aux Bouffes du Nord, bouquet de fleur à la main, vibrante, sautillante au rythme des notes et des pas de Daniel Znyk et sa chanson automobile.

Elle retrouve dans cette pièce de Marion Aubert, l’exceptionnel Dominique Parent, lui aussi impayable dans l’Opérette Imaginaire.

Il campe ici un mari, un salaud, un agent immobilier, un crétin ordinaire comme les femmes en croisent hélas trop souvent dans la rue, au travail ou en amour. Macho, violent, frustré, il consomme les femmes, s’en lasse, les manipule, les maltraite pour éviter d’être maltraité lui-même. Dominique Parent et Elizabeth Mazev, forment plusieurs couples parfaits, le public jubile dans une scène de rêve où ils se transforment en Allemands avec bière et accent, ils mènent une danse théâtrale exquise et hilarante jusqu’au bout du spectacle. Ils ne sont pas seuls en scène, Adama Diop tient le niveau aussi haut, Eddy Murphy à la franco sénégalaise, sa présence et son talent présage d’une carrière à long terme et de plaisirs scéniques à venir. Olivier Martin Salvan est un superbe Chonchon quasi muet il habite sa « beauf attitude ». Avec de telles présences et natures d’acteurs, il est complexe pour Capucine Ducastelle, Sabine Moindrot, Thomas Blanchart et Marion Aubert elle même d’être à niveau égal. La pièce se retrouve affaiblie par certains manques de rythme et une hystérie hélas non maitrisée vocalement… L’idée de l’auteur sur scène est très drôle, la pièce est très bien écrite mais Marion Aubert aurait peut-être du envoyer une actrice à sa place car elle semble tremblante, mal à l’aise et devient presque « insupportable » dans la peau d’un personnage d’actrice en robe blanche pourtant superbe à jouer si le corps et la voix sont en place.

Les spectateurs passent un très bon moment, ils rient de bon cœur et ressortent heureux de constater que la famille déraille partout et chez tout le monde.

 

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Bérénice Clerc
Comédienne, cantatrice et auteure des « Recettes Beauté » (YB ÉDITIONS), spécialisée en art contemporain, chanson française et musique classique.

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