Théâtre
« Oncle Vania » : Lacascade chorégraphie un Tchekhov cruel au Théâtre de la Ville

« Oncle Vania » : Lacascade chorégraphie un Tchekhov cruel au Théâtre de la Ville

06 mars 2014 | PAR Yaël Hirsch

Créée au TNB Rennes, l’adaptation par l’élégant Lacascade de Oncle Vania revue et corrigée à l’aune d’une version antérieure du texte, L’homme des bois (1889), investit le Théâtre de la Ville par des  grands mouvements sans pitié… Jusqu’au 22 mars 2014.

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Alors que le mélange des deux textes (dans la traduction de Françoise Morvan et André Markowicz) souligne bien l’aspect d’avant-garde écologique de la pièce (hilarante présentation du devenir  de la nature par Jérôme Bidaux en Astrov), Lacascade fait paradoxalement le choix d’épurer Oncle Vania de sa verdure languissante pour donner à voir quelque chose de beau, râpeux et austère, dans lequel le public doit s’enfoncer en 2h45 sans entracte.

Le premier acte commence par une fête riche en débordements, toutes lumières allumées dans la salle où les comédiens se baladent. Sur scène, une poutre-balançoire-zinc où les bouteilles de champagne crachotent des bulles. A l’euphorie des débuts où les excellents comédiens chantent et dansent de vraies petites chorégraphies en espagnol ou en Français, fait vite place une atmosphère plus sombre, où l’on retrouve tout l’ennui et l’enfermement tchékhovien- moins la tendresse et la pitié rédemptrice qui irrigue l’oeuvre du grand slave.

Sans pitié, relevant le plateau quasi-vide d’à peine quelques notes de Philip Glass, le metteur en scène montre des personnages-machines, qui ne laissent aucun espoir aux autres personnages d’exister ou se développer. Tout finit dans une austère salle de cours, où le capharnaüm joyeux et le « debout sur les tables » du premier acte se retrouve en miroir, dans sa version la plus désolée, avec une cruauté qui va jusqu’à enlever sa résonance au fameux monologue final et terrible de résignation de Sonia (Millaray Lobos Garcia ).

Servi par des comédiens remarquables, au premier rang desquels Alain d’Haeyer en Vania bourru jusque dans sa révolte et Ambre Kahan qui campe avec profondeur une Elena à la fois fatale et soumise, cet Oncle Vania marque par sa cruauté tellement impitoyable qu’au dernier acte, le public a besoin de rire, comme devant un Molière ou comme pour s’échapper de trop de noirceur humaine.

Oncle Vania, de Anton Tchekhov, adaptation et mise en scène Eric Lacascade, avec Jérôme Bidaux, Jean Boissery, Arnaud Chéron, Arnaud Churin / Philippe Frécon, Alain d’Haeyer, Stéphane E. Jais, Ambre Kahan, Millaray Lobos Garcia, Jean-Baptiste Malartre, Maud Rayer et Laure Werckmann. Durée : 2h45.

visuel : (c) Brigitte Enguerand

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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