Théâtre

Nous avons revu Le vrai spectacle de Joris Lacoste !

Nous avons revu Le vrai spectacle de Joris Lacoste !

13 avril 2012 | PAR Magali Chiappone-Lucchesi

« Le vrai spectacle » de Joris Lacoste nous entraîne vers des bords inconnus et fascinants, peuplés de vraies ombres et de celles de notre imaginaire. Entre théâtre et hypnose, ou encore: au bord du théâtre et de l’hypnose.. L’expérience est perturbante et bienheureuse, à votre tour d’y goûter…

Tout d’abord, dans la salle de spectacle, on ne s’assoit pas n’importe où, on nous invite à nous asseoir « là où il y a des couvertures » qui sont placées un siège sur deux. Le rituel du spectateur est déplacé, laissant un vide, un creux, un espace entre chaque spectateur. Les gens se regardent pour se parler, se contorsionnent sur le côté, la salle devient un parterre de profils. Puis Rodolphe Congé entre en scène, seul sur le plateau vide et se met à nous parler, à nous raconter des histoires. Il nous invite à nous mettre à l’aise, à enlever nos chaussures, à allonger nos jambes, à transgresser la position habituelle du spectateur, et nous lui obéissons, chacun, tour à tour… Et pendant presque 90 minutes, nous allons écouter sa voix, la perdre, puis la réentendre, proche et lointaine à la fois.

Dès le départ, le comédien nous prévient, nous dit que ce que nous allons voir n’est pas le vrai spectacle, que sur le plateau il n’y aura rien d’autre que lui, le vrai spectacle est ailleurs, ce sera le nôtre, celui que nous nous serons imaginé dans nos cerveaux embrumés. Bienvenue donc en quelque sorte dans un spectacle dans lequel vous êtes le héros !… encore faut-il accepter de se prêter au jeu, se laisser bercer par l’expérience, ne pas y être réfractaires… et alors… les portes les plus étranges s’ouvrent à vous… la voix de Rodolphe Congé devient un chuchotement sans fin, on l’oublie, on l’écoute, les images qu’il nous évoque deviennent une véritable source pour déployer notre propre imaginaire… et chacun y associe les images singulières de son jardin secret.

On ne devine pas le théâtre intérieur que vit le spectateur à côté de nous, on oublie même parfois que nous sommes plusieurs, l’expérience collective devient individuelle, et le « vrai spectacle » intime et personnel. Les lumières parfois se déploient, une musique bourdonne à nos oreilles, les yeux se ferment, s’ouvrent et parfois, un phénomène étrange angoissant et ludique à la fois se produit : le plateau s’embrume, seul le comédien est visible même s’il est tout de même flouté. Nous fermons les yeux puis les réouvrons très vite pour voir si l’effet se produit encore… oui ! la brume envahit notre champ visuel, mais nous sommes toujours conscients et réveillés, seul ce qui s’offre à notre regard est nébuleux. Et la voix de l’homme (on oublie qui il est, d’où il vient, où nous sommes, elle devient juste la voix de l’homme) parvient à nos oreilles, lorsqu’il nous parle d’un dirigeable blanc (où était-ce un rêve ?), je passe alors du « nous » au « je » car ce qui va suivre était justement mon petit théâtre intérieur:  j’y ai vu une montgolfière blanche, vaporeuse et légère dans laquelle je suis montée, je portais  une robe blanche faite de la même toile, blanche et vaporeuse, et je regardais dans le hublot de la nacelle les paysages qui défilaient… Alors un rêve peut-il être une œuvre ? et n’est-ce pas une merveilleuse expérience que de se souvenir de notre capacité à imaginer ?

 

Crédit photo : Florian Leduc

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Magali Chiappone-Lucchesi

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