Théâtre

Notre besoin de consolation, le chef d’œuvre de Julie Bérès transcende la folie scientifique au Théâtre de la Ville

10 novembre 2010 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Partir du réel pour glisser dans le fantasmagorique. C’est le pari plus que réussi de Julie Bérès qui signe l’une des mise en scène les plus innovantes de 2010. Dans l’esprit de Joël Pommerat et Andréas kriegenburg, elle donne à voir un décor-corps et des comédiens acrobates. Notre besoin de consolation est la révélation de la rentrée. Un spectacle indispensable à la scénographie magistrale sur la place de la science dans les sociétés occidentales.

Le spectacle ouvre sur un homme dont seul le visage est éclairé, il pleure comme un bébé. Dans le haut du décor, un homme est assis face à une glace, il fait des recherches sur internet. Il semble suspendu. On découvre peu à peu le décor fou de Notre besoin de consolation. Il se gonfle, devient toboggan puis anguleux. Les lumières incroyables font jaillir du noir des mannequins de cires et des comédiens. Ils s’emmêlent et se confondent. Brouiller le réel, c’est bien le propos de ce spectacle.


Du clonage aux mères porteuses, Julie Bèrés pose les questions éthiques soulevées par la science. Attention, ici, point de dogmatisme ni de propos moralisateur. Le spectacle nous apporte des éléments de réflexions sur des sujets lourds: peut-on porter l’enfant d’une autre sans s’en sentir mère ? Peut-on congeler un mort pour tenter de le faire revivre ? Peut-on choisir son enfant au lieu de choisir de faire un enfant ? La maladie est-elle supportable dans la société de l’abondance ?

Les comédiens jouent tour à tour, suspendus, penchés, allongés, plongés, des personnages dans des situations de choix vis-à-vis de la bioéthique. Les deux scènes les plus spectaculaires de la pièce montrent un couple englué dans une boite-laboratoire choisissant son donneur de sperme ou encore un homme qui rend visite à sa femme congelée depuis des décennies.

On applaudit à s’en faire mal aux mains et on sort changé de ce petit bijou. En présentant de façon artistique un projet extrêmement documenté, Julie Bérés dresse un portrait de nos relations éthiques à la science par un double axe historique et thématique. Les sujets que l’on croyait si neufs apparaissent alors, comme une évidence, être là  pour ne dire qu’une chose : la course à l’immortalité est éternellement humaine.

Du 9 au 13 novembre, Théâtre de la Ville Les Abbesses , 31 rue des Abbesses, 75018. 24€

Le 19 novembre 2010-Les Théâtrales Charles Dullin, Orly

Du 6 au 17 janvier 2011-Théâtre Romain Roland, Villejuif

Du 10 au 13 mai 2011-Comédie de Reims, CDN

(c) Alain Monot

Vie de Tolstoï de Romain Rolland : réédition pour le centième anniversaire de la mort du grand romancier russe
Maxim’s est de retour dans la paysage de la nuit Parisienne
Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *