Théâtre

NO 83 – Comment expliquer des tableaux à un lièvre mort // Comment proposer un lièvre mort à un amateur de tableaux

06 novembre 2011 | PAR Emma Letellier

Dans le cadre du festival Estonie Tonique, à Paris, l’Odéon inaugurait, vendredi 4 novembre, NO 83 – Comment expliquer des tableaux à un lièvre mort, un spectacle venu de Tallinn et du Théâtre N0 99. Les metteurs en scène Tiit Ojasoo et Ene-Liis Semper ont proposé à un public sinon clément, du moins nostalgique d’une forme de liberté en art que les scènes françaises semblaient avoir remisée depuis plusieurs décennies déjà, une performance de deux heures et demie aux effets éminemment soporifiques et anesthésiants.

Un public curieux, jeune et armé de désirs face à l’inertie abrutie de notre monde aura tôt fait de quitter la salle veloutée de l’Odéon ces derniers soirs, devant le désespérant désastre programmé par Olivier Py. N0 83 ou Comment expliquer des tableaux à un lièvre mort, titre pompeux pour un ensemble bien maigre, fort peu révolutionnaire et encore moins provocateur, a noyé son premier lot de spectateurs dans une déferlante d’exercices d’échauffements pour acteurs en panne d’intention et impuissants dans leur art à cultiver le mot Culture.

Quelque part en Estonie, une troupe de comédiens est mandatée par une figure du ministère en charge des affaires culturelles, pour développer un art à la hauteur de ce que l’Europe et le monde doivent connaître du pays. Livrés à eux-mêmes, ayant pour seul appui une enveloppe toujours plus mince, les acteurs cherchent devant nous de quoi nourrir et renouveler l’art théâtral. De là s’organise une performance digne des avant-gardes des années 1960 au cours de laquelle fausses improvisations multipliées, gags rondement menés, mimes finement rôdés et ficelles bien tirées s’enchaînent sans qu’aucun projet ne parvienne à construire un semblant de propos. Les émotions et les intentions sont renvoyées en coulisses et la troupe du théâtre N° 99 ne nous propose qu’une série de numéros dans laquelle la vacuité de leur geste théâtral se fait jour. Les comédiens, auxquels il faut rendre justice pour l’investissement et la précision de leur corps, cherchent, sans la trouver, la nécessité de théâtre, ce désir très puissant qui offre aux corps comme à la parole de passer la rampe pour adresser quelque chose au public. Rien ne se passe et bien vite l’art se confond avec un concours de pipi dans une tasse, qui, malgré la dérision, convainc le public de rire et de quitter la salle en applaudissant.

Le non-sens de ce spectacle qui ne semble exister que pour témoigner d’une hypothétique impasse dans laquelle l’art a vite fait de s’égarer, laisse rêveur. Pourquoi une scène nationale comme le Théâtre de L’Odéon propose-t-elle un tel ramassis d’idées surannées alors que d’autres metteurs en scène autrement plus désireux, autrement plus inventifs s’efforcent dans le même temps de construire et de proposer ? Pourquoi un retour vers un théâtre destructeur et vide de propos quand le monde du spectacle se soutient ces derniers temps dans une approche renouvelée et féconde de son art, quand cette même salle de l’Odéon accueille, cette année encore, entre autres artisans de la révolution théâtrale, les grands metteurs en scène allemands et leurs comédiens ?

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Emma Letellier

2 thoughts on “NO 83 – Comment expliquer des tableaux à un lièvre mort // Comment proposer un lièvre mort à un amateur de tableaux”

Commentaire(s)

  • I. T.

    Il me semble que l’autheur de ce texte ne connait ni s’intéresse aux références culuturels contenus dans cette pièce. Parce que, si l’autheur n’arrive pas à lui attribuer une signification universelle, à tort à mon avis, il serait quand même possible de repérer des traits pertinents de la culture et de la société où la pièce a vu le jour. La violence n’y est pas pour rien, il faut tout simplement savoir l’interpreter.

    novembre 10, 2011 at 0 h 55 min
  • Kristof

    J’aurais aimé voir dans ce spectacle « une signification universelle », de la pertinence et de la violence comme le décrit l’auteur du message précédent… sauf que convier un public deux heures trente durant pour une proposition aussi mince, un propos inconsistant, un trop plein de riens, me paraît tenir de l’arnaque! Ce vague et long happening ne bouscule ni ne révolutionne, d’ailleurs les bourgeois du parterre se marrent de bout en bout, tout y est prévisible, pas du tout provoc… la patience paie souvent au théâtre mais ici l’ennui gagne vite et persiste !

    novembre 10, 2011 at 12 h 01 min

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