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Nicole Garcia joue dans Royan de Marie NDiaye : oraison pour une jeune fille

Nicole Garcia joue dans Royan de Marie NDiaye : oraison pour une jeune fille

19 juillet 2021 | PAR Thomas Cepitelli

Fruit d’une commande passée par Frédéric Bélier-Garcia à Marie NDiaye, Royan offre à Nicole Garcia un rôle complexe et labyrinthique qui peine à convaincre et émouvoir au Festival d’Avignon.

Oraison pour une jeune lycéenne

Gabrielle est enseignante en lycée, elle est la « professeure de français » du sous-titre de la pièce. Une de ses élèves, Daniella, s’est suicidée en se jetant par l’une des fenêtres de son établissement. Un jour, en arrivant chez elle, elle craint que les parents de celle-ci ne l’attendent à l’étage pour lui demander des explications sur ce suicide, une clé de compréhension pour panser leur deuil. Toute la pièce se déroulera dans ce hall d’entrée d’immeuble, elle n’osera jamais monter les étages. 

Le texte de Marie NDiaye ouvre de nombreuses pistes, trop nombreuses peut-être pour que l’on puisse s’y retrouver. Elle aborde le harcèlement scolaire, la souffrance adolescente, la liberté de choisir sa vie, l’enfermement dans la vie familiale, l’impossible deuil de parents dont les enfants se sont donnés la mort. Autant d’entrées dans le texte qui finissent par brouiller le propos et surtout, par amoindrir l’intérêt que l’on pourrait leur porter séparément. Bien sûr, on retrouve cette langue qui est propre à la dramaturge et romancière : précise, lyrique, musicale. Tout le texte est adressé aux parents quelques étages au-dessus, un « vous » à la fois précis, adressé, mais qui ne prend ni visage ni corps. Si bien que ce vous finit par être nous qui la regardons se débattre avec ce présent douloureux mais aussi, bien sûr, un passé qui l’est tout autant : son enfance ensoleillée et libre à Oran, la famille qu’elle a abandonnée à Marseille, son métier d’enseignante. Ce « vous » résonne longtemps tant il tient du réquisitoire mais aussi de la supplique. 

Une actrice troublante mais troublée

Nicole Garcia est troublante dans ce rôle : de sa voix reconnaissable entre mille, elle dit la solitude choisie, son errance qui l’a menée d’Oran à Royan, ses remords de sa vie d’avant. Cependant, elle semble parfois perdue elle-même dans ce texte et ses méandres. Pourtant, quand elle lui tient tête, qu’elle le maîtrise, pointent des véritables instant poétiques et forts. Mais la mise en scène semble la ramener de suite dans de nouveaux registres de jeu. Bien sûr, il n’est pas question ici de renouveler les esthétiques théâtrales. Tout converge vers le texte et c’est tant mieux. Mais même les talentueux artisans de la scène que sont Jacques Gabel pour le décor et Dominique Bruguière pour les lumières semblent s’être ici quelque peu perdus. Ils tentent de poétiser cet espace mais n’y parviennent guère tant la direction d’actrice les en éloigne. Le spectacle gagnera, sans nul doute, à être rodé. Il a, pour le moment, la fragilité des spectacles nouvellement créés. Et l’on repart avec l’envie de revoir cette immense actrice dire cette oraison laïque et poétique. 

Jusqu’au 25 juillet à la Chartreuse de Villeneuve-Lez-Avignon à 17 heures puis en tournée. 

Crédit photo © Christophe Raynaud de Lage 

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Thomas Cepitelli

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