Théâtre

Nema problema, le jazz pour exorciser l’enfer de la guerre

16 octobre 2010 | PAR Christophe Candoni

La quatrième édition du festival ‘Un Automne à tisser » touche à sa fin le 31 octobre au Théâtre de l’épée de bois à la Cartoucherie de Vincennes. Une fois de plus, les directeurs de l’évènement ont réussi à mettre en œuvre un théâtre qu’ils veulent contemporain, pluriel, mélangé. Pour exemple, le spectacle Nema problema par la compagnie La Mandarine blanche : l’initiateur du festival Alain Batis met en scène un texte fort de Laura Forti publié chez Actes Sud. Il reste encore quelques dates pour assister à ce beau moment de théâtre.

Le silence se fait dans la salle de pierre, plongée dans une obscurité tenue, qui se prépare à l’écoute d’une parole pas anodine, jamais anecdotique, celle d’un homme que l’on voit apparaître d’abord sous la forme d’une silhouette portant un long imper. Son visage est à peine perceptible. D’une voix grave, presque blanche, il raconte l’homme qu’il a été et ce qu’il a vécu. A 23 ans, le jeune milanais part en Croatie à la rencontre de ses grands-parents qu’il ne connaît pas. En arrivant à Zagreb, ce sont les bombardements et les mines d’un pays en guerre qu’il va découvrir.

Raphaël Almosni est un narrateur sans pathos. Il livre le récit de ses souvenirs avec une distance presque sévère, un débit rapide, brutal, sans chercher à charger son discours d’une émotion facile, c’est ce qui fait la force de son interprétation. Malgré cette apparente insensibilité, il fait entendre le bouillonnement intérieur qui hante le personnage, son effroi contenu. La pièce se présente comme un flux de paroles incessantes qui entre en dialogue, dans la mise en scène d’Alain Batis, avec un accompagnement musical, réalisé par Stanislas de Nussac, épatant musicien et présence silencieuse qui renvoie l’homme mature au jeune frimeur qu’il n’est plus, féru de photographie et de jazz, fou de la musique de Charlie Parker. Plus qu’un long monologue, c’est un dialogue à deux voix, le langage instrumental répond au verbe. A la révolte du vieux fait écho la violence musicale de chaque sonorité déchirante qui se dégage du saxophone. La musique est particulièrement évocatrice lorsqu’elle s’enfièvre jusqu’à la saturation chaotique du son. La pièce raconte comment la guerre dans tout ce qu’elle a de plus sale et de plus cruelle annihile l’homme. Ensemble et séparés, le comédien et le saxophoniste matérialisent la distance du temps qui ne parvient pas à estomper la rage douloureuse de celui qui a vécu l’horreur.

Nema problema, jusqu’au 24 octobre au Théâtre de l’épée de bois (Cartoucherie).Route du Champ de Manœuvre 75012 Paris. M° Château de Vincennes. 01 48 32 47 06.

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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