Théâtre

[Interview] Marco Layera : « je fais un théâtre pour la gauche »

[Interview] Marco Layera : « je fais un théâtre pour la gauche »

05 novembre 2014 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Marco Layera a été le phénomène du dernier festival d’Avignon avec son controversé La Imagination del Futuro qui mettait en scène l’utilisation faite par la classe politique chilienne de la figure tutélaire d’Allende. Le metteur en scène Chilien fait l’ouverture des Théâtrales Charles Dullin le 7 novembre avec Tratando de hacer una obra que cambie el mundo. Nous avons pu le rencontrer à cette occasion.

Votre spectacle La Imaginacion del futuro a fait scandale à Avignon, je voulais savoir si vous aviez été surpris de ces réactions très violentes ? 

Oui, j’ai été surpris. Je pensais que c’était une réaction très minoritaire. Et j’ai été surpris par la violence et la virulence avec lesquelles se sont exprimées ces réactions, mais dans tous les cas elles sont légitimes. Ce qui m’a dérangé c’est que des journalistes n’aient pas essayé de comprendre la pièce, et par ce qu’ils ont écrit, ont créé une autre réalité. Ces articles ont généré une autre réalité. Quand les gens viennent voir la pièce, ils doivent se battre contre des préjugés, ils ne viennent pas libres. Cela me dérange, mais chacun est libre de réagir comme il veut !

Est- ce vous qui suscitez toujours ce genre de réactions ?

Non, c’est seulement en France. C’est absurde, ou plutôt contradictoire parce que la lecture qui a été faite par certains journalistes n’a jamais été faite avant. Les comédiens qui jouent Allende ont été victimes de la torture pendant la dictature. Dans le processus créatif, il n’a jamais été question de rabaisser Allende, ce doit être parce qu’ils ne comprennent pas le processus de développement de la société chilienne.

Est- ce que ce n’est pas aussi parce-qu’en France il y  a un culte d’Allende, culte au sens des idoles que vous  cherchez à casser.

Oui,  au Chili, une partie de la population et moi aussi le considérons comme une idole, mais j’essaie de faire la part de mes contradictions. Je fais un théâtre pour la gauche et pas pour la droite, ce qui m’intéresse c’est de poser les questions entre nous. Ce qui m’intéresse avec cette pièce c’est de questionner l’utilisation de la figure d’Allende. La nouvelle gauche chilienne utilise ou met au placard Allende en fonction  de ses besoins. La gauche ressemble de plus en plus à la droite. Ils sont au pouvoir parce-qu’ils ont souffert mais pas parce qu’ils ont habités par une envie de changement.La droite nous a servi car avec Pinochet nous avions le bouc émissaire parfait. Il est mort et nous n’avons plus d’ennemis. Ensuite, nous sommes passés de la dictature à un peu de démocratie. Les discours de gauche ont été repensés. Il y avait cette idées que la droite ne reviendrait pas, et elle est revenue, cela a provoqué des mouvements sociaux et le gouvernement actuel a du durcir sa politique.

Vous êtes subventionné par l’Etat Chilien et vous le critiqué, n’est-ce pas antinomique.

Non. Seulement deux spectacles ont été subventionnés et très peu.  Il est contradictoire qu’un artiste demande de l’argent alors qu’il n’y a de l’argent nulle part. La ministre de la culture actuelle aime beaucoup notre travail, elle comprend le contexte.

Dans vos spectacles on crie beaucoup. Pourquoi.

Moi je trouve qu’on ne crie pas tant que ça. Il y a une intensité, une hystérie, mais c’est un gout personnel pour l’excès. J’aime l’excès, je ne m’intéresse pas à un théâtre qui imite la réalité mais qui la transcende.

Je voulais vous parler de la part d’improvisation dans vos spectacles, dans Tratando de hacer una obra que cambie el mundo, un acteur prend une spectatrice à partie.

Tout est très écrit, les actions sont plus libres, mais le texte est très écrit. Le comédien choisit le spectateur mais tout le reste est prévu.

Que faites -vous à Paris ?

Au début, nous sommes venus travailler sur un projet « La dictature du cool » autour de la figure du « bobo ». Comment continuer à consommer de façon humaine ? Avec en même temps, des discours qui se vident. Tout est cool : le bio, le ciné, Murakami… et au final notre participation politique dépend d’un tweet. Aujourd’hui au Chili, c’est à la mode d’adhérer à une cause. Mais au bout de deux jours, on a changé d’avis, et on a changé de spectacle ! On travaille autour de « Paris ». En vivant un peu ici, on a découvert des choses : le nationalisme, le racisme… comme au Chili ! On voudrait convaincre les français que les chiliens peuvent s’adapter à toutes les situations ils sont les meilleurs immigrants possibles. Car ici, être chilien à Paris… c’est cool. La souffrance donne un statut, c’est cela que l’on a travaillé notamment dans cette ébauche de travail.

On a appris récemment qu’une nouvelle Télé-réalité allait mettre en scène des anciens ministres grimés dans un jeu. Ils vont être confrontés à des « vrais » gens dans la rue. A t-il déjà vu ça ?

Non ! On dirait un grand cirque. Il faut être conscient, au Chili, que la gauche et la droite vivent ensemble. Les fils des ministres vont dans les mêmes écoles, dans les mêmes lieux de vacances. Ils pourraient participer à une Télé-réalité !

Tratando de hacer una obra que cambie el mundo aux Théâtrales Charles Dullin le 7 novembre à Choisy le Roi
La imaginacion del futuro à Vitry-sur-Seine le 22 novembre puis au Théâtre de la Ville le 4 décembre.

Visuel : DR

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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