Théâtre
« Tratando de hacer una obra que cambie el mundo » : Marco Layera creuse la tombe des illusions

« Tratando de hacer una obra que cambie el mundo » : Marco Layera creuse la tombe des illusions

08 octobre 2014 | PAR Amelie Blaustein Niddam

On l’a comparé à Vincent Macaigne, et on assume. Le chilien éructe, hurle, casse les idoles. Il est malin, sait se faire aimer de l’état qu’il déteste pour arriver à créer comme il l’entend du théâtre enragé.

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Avec la Imaginacion del Futuro, Layera démontait les grandes figures du passé dans une parodie d’entreprise de communication. Mais avant La Imagination, il avait déjà jeté les bases de sa réflexion. « En essayant de faire une œuvre qui change le monde », Layera fait surtout du théâtre pour rire. Comment faire justement, une œuvre qui change le monde ? Cela apparaît impossible, cela est impossible. Il massacre ici un peu plus les utopies en nous emmenant plus bas, sous terre même, au bout du monde.
Ils sont six, enfin cinq depuis qu’Alfredo est mort, sa tombe est là sur scène, son portrait (il ressemble pas mal au Che, mais c’est peut être une idée) en noir et blanc regarde les comédiens qui s’affairent. L’un respire, l’un chante, deux écrivent, l’un est aux chiottes. Et partout, sur les murs, sur les sols, des papiers, des livres, partout.
Depuis quatre ans, ils vivent là coupés du monde et tentent de créer la pièce qui changera le monde. Mais nous dit-on « La mémoire ne s’impose pas ». Ils ont beau imaginer les spectacles les plus foutraques, emplis d’happening performatifs qui feraient notre joie, où le sang croise la mort dans une comédie, ça ne marche pas. « Ça te semble inintéressant encore d’utiliser le sang ? » Rien à faire, à part nous faire rire, ce théâtre dans le théâtre ne mène nulle part.
Ils courent, crient, bougent. Il n’y a pas une seconde de répit dans ce spectacle qui, pardon de déjà comparer, est moins fort visuellement que la Imaginacion. Il est bien évidement politique. Layera n’aime pas la gauche et son héritage, il déteste que l’idée de révolution soit galvaudée. Il le fait répéter à Pedro « nous sommes une génération qui n’a rien vécu ». Effectivement, Allende est mort en 73, la dictature militaire s’empare du pays jusqu’en 1990. Lui il nait entre les deux, en 1977 et refuse de vivre et de penser dans les traces des statues.
Il comprend ici que son rêve est impossible à atteindre, que l’on mourra avant. Alors il massacre et tente l’impossible dans un tourbillon d’idées folles qui ne mènent à rien. Le spectacle est très actuel et parlera automatiquement à notre monde qui voit l’abstention flamber. Ce qui est sur ici c’est que la résignation n’est pas de mise. « Quand l’avant-gardisme est inefficace, il faut faire une révolution ». Layera s’amuse, joue sur les deux tableaux entre révolte et condamnation et offre un spectacle en rogne où la parodie règne en princesse.

Visuel : DR

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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