Théâtre
Mamma Medea de Tom Lanoye : Médée feuilleton

Mamma Medea de Tom Lanoye : Médée feuilleton

10 mai 2012 | PAR Christophe Candoni

A l’occasion du démarrage du festival Impatiences au Théâtre de l’Odéon, on découvrait hier soir « Mamma Medea », une production du Rideau de Bruxelles. La pièce du dramaturge flamand Tom Lanoye (auteur de Sang et roses) est jouée en français dans une mise en scène de Christophe Sermet. Ce bon travail procède à une actualisation radicale et convaincante du mythe de Médée, figure de l’étrangère exilée qui, par déception amoureuse, en vient à tuer ses enfants. Dans cette version contemporaine, elle est une femme d’aujourd’hui, extrêmement poignante parce que proche de nous.

Tom Lanoye « quotidianise » Médée sans tomber dans l’anécdote. Le pari est risqué mais réussi. Sur le plateau quasiment nu, ce sont des êtres vulnérables et imparfaits plus que des héros puissants que l’on scrute dans une intimité mise à nu. Le spectacle se concentre sur les rapports entre les personnages ; ils sont passionnés et sous haute tension. Cela commence en Colchide, la terre natale de Médée, autour d’une large table de famille, bien ordonnée mais pas pour longtemps car les injurent et les cris ne tardent pas à s’élever avant que la vaisselle vole en éclat. Ils sont représentés comme des prolétaires, au tempérament sanguin, brutal, des « ploucs » aux yeux des grecs qui eux se croient le summum de la civilisation. Il suffit pour s’en convaincre de voir débarquer Jason et ses acolytes dans d’élégants costumes clairs, branchés comme il faut. Et puis sont passés en revue le coup de foudre de Médée pour le beau guerrier, l’épisode de la toison d’or, l’exil maritime vers Corinthe. Les faits occupent toute la première partie qui sert de préambule longuet et inégal au drame. Mais après l’entracte, on entre au coeur de la tragédie, tout bascule et captive immédiatement. Les enfants copient les grands : ils jouent à la guerre avec catapulte de légos et mitraillettes en plastique. La séparation entre Jason et Médée est consommée. « Monsieur va faire des galipettes ailleurs » dit le texte, c’est-à-dire avec la jeune fille du roi qui dans cette réécriture prend la parole (un privilège qu’elle n’avait pas dans le texte antique) et qui apparaît sous les traits d’une princesse à Papa, gamine et bébête. Médée est menacée d’expulsion. On va lui enlever les enfants. Elle se venge en commettant l’acte monstrueux d’assassiner ses garçons.

Tom Lanoye écrit un sitcom  – ce n’est pas péjoratif et ça fonctionne parfaitement – avec la distance ironique qu’il faut en plus, un bon sens du drame et une véritable émotion. La langue est crue, triviale et acérée. Alors dommage que l’écriture ne s’assume pas comme telle et on lui reprochera de flirter ridiculement avec une fausse poésie aux rimes approximatives qui ne correspond pas au ton général. Vu dans des films comme « Plein sud » ou « Nue propriété », Yannick Renier est l' »acteur vedette » du casting, bénéfice du cinéma oblige, mais il est avant tout un homme de théâtre et est parfait dans Jason à la fois beau-gosse séduisant, fier et présomptueux, nerveux, émouvant car fébrile aussi, trouble, pleutre parce qu’il cherche à se victimiser et faire porter la culpabilité sur Médée. Dans le rôle-titre, l’impressionnante Claire Bodson se montre forte et sensible, un peu trop volontaire parfois. Sa Médée n’est pas ou trop peu fragile mais sa rage bouleverse. Leurs confrontations sont des scènes de ménage exceptionnelles, violentes et déchirantes. Ils dominent une distribution au diapason.

Photos © Marc Debelle

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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