Théâtre
Maëlle Dequiedt magnifie la musique pop avec « I wish I was »

Maëlle Dequiedt magnifie la musique pop avec « I wish I was »

15 octobre 2020 | PAR Julia Wahl

Maëlle Dequiedt propose au Théâtre de la cité internationale I wish I was, une réflexion théâtrale et musicale sur les délicats rapports entre collectif et individu, entre musique populaire et amateurisme.

Trois ans après Trust – Karaoké Panoramique, Maëlle Dequiedt quitte le monde des cadres dirigeants pour celui de musiciens amateurs outsiders. Un grand écart qui ne l’empêche pas d’être fidèle à son thème de prédilection, la tension entre le collectif et l’individu. Ni, toujours, d’accorder une place de choix à la musique.

Métaphore de l’amateurisme

Les doigts sur son téléphone portable, Mathilde (Mathilde Edith Mennetrier) joue du piano. L’écran du téléphone, visible des spectateurs, s’est en effet transformé en clavier. Quelques notes, qui sortent difficilement : ça y est, les musiciens commencent leurs répétitions. D’abord avec peine : ils ne sont pas ensemble, le son est peu harmonieux, la cacophonie règne. Et puis, grâce à leur joie d’être tous réunis, la magie opère : le public du spectacle devient, avec avidité, le public de leurs répétitions.

Véritable métaphore de cet « amateurisme », le téléphone portable devient le personnage principal de ce premier tableau. Romain (Romain Pageard) s’en saisit pour filmer les câbles qui jonchent le sol ou le visage de son camarade Quentin (Quentin Barbosa) en plans rapprochés. Le film est projeté en temps réel sur un grand écran qui sépare l’avant-scène du fond. Sur un grand écran, mais en tout petit, dans un coin. Et en noir et blanc, comme dans les films en super-8 de Papy et Mamie. La projection évite ainsi la surenchère de grand-spectacle des scénographies à écran et reste fidèle à la modestie de cette bande de rock amateur.

Dialectique du collectif et de l’individu

Une bande. Toute la question est là : comment « faire bande » ? Réunis autour d’une passion commune pour Nirvana, les six musiciens jouent souvent chacun à leur rythme. Se coupent la parole. Ignorent de quels instruments jouent leurs copains. Bref, ont chacun des individualités qui pourraient avoir raison de leur groupe.

La scénographie de Heidi Folliet, aidée des lumières d’Auréliane Pazzaglia, met en scène ce risque de dislocation. Le plateau est tout d’abord morcelé par des cloisons en bois, progressivement déplacées hors-scène par les acteurs-personnages. Il est ensuite divisé par le jeu des lumières : au début de la pièce, la froide lumière blanche à jardin s’oppose frontalement à la chaleur de la lumière ocre de la cour.

Cette tension entre la communauté et l’individu apparaît également dans les questions que, avec une malice un peu cruelle, les musiciens amateurs se posent entre eux. « Vous a-t-on déjà dit à la fin d’un concert « C’était nul, mais toi, c’était bien » ? Cela vous a-t-il fait plaisir ?  », demande en substance à ses camarades Maud (Maud Pougeoise), avant d’ajouter : « Faut-il se séparer du moins bon du groupe ? ».

Avec beaucoup d’humour et sans jamais être démonstrative, la pièce parvient à rendre compte de la complexité des rapports entre ces membres d’un même groupe de rock qui, malgré le partage des « galères », risque fort de se résumer à une somme d’individualités et ainsi d’exploser.

Rêverie de l’amateur

C’est précisément une dernière galère qui permet au groupe de faire corps autour d’un rêve commun : l’accès à la célébrité. Romain a en effet commis la pire bêtise possible quand on est en tournée : il a fait le plein de diesel au lieu du sans-plomb. Contraints de passer la nuit sur une aire d’autoroute, les six comédiens transforment le parking en un univers de stars où tout est permis. Manteau en fausse fourrure, plumes noires dans les cheveux, un micro placé sur une poubelle, tous sont désormais des vedettes installées qui répondent laconiquement aux questions des journalistes. « Yes », « no », les réponses désabusées de Youssouf (Youssouf Abi Ayad) et Pauline (Pauline Haudepin), ces jeunes qui rêvent de mort prématurée et de cercueil doré, se succèdent avec humour.

Ils sont pour cela aidés par la subtilité avec laquelle Maëlle Dequiedt et Simon Hatab ont tissé le texte d’extraits du Journal de Kurt Cobain, mais aussi de Pierrot le fou (Romain s’enduit d’ailleurs la tête de peinture après sa bêtise), de Tanguy Viel ou d’Echenoz. Il faudrait également saluer le travail des costumes (Solène Fourt) et de la lumière qui participent de ce passage rapide d’un univers à l’autre et emmène les spectateurs dans cette étourdissante tournée.

DATES ET HORAIRES :
Du 12 au 27 octobre 2020, les lundis, mardis, jeudis et vendredis à 18h45 (horaires valables à partir du samedi 17 octobre – la représentation du vendredi 16 octobre est à 20h) ; le samedi à 18h.

Visuel : Jean-Louis Fernandez

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Julia Wahl
Professeure de lettres durant dix ans, chargée de production de diverses compagnies de danse ou de théâtre, chargée d'action culturelle et des relations publiques... Tout ce qui a trait à la promotion de la culture et au développement de ses publics me passionne. Parce que l'on ne peut voir un spectacle sans vouloir transmettre ses émotions, je chronique régulièrement le cinéma, le théâtre et la politique culturelle pour Toute la Culture.

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