Théâtre
Madame Van Gogh : dialogue passionné autour d’un mythe toujours vivant

Madame Van Gogh : dialogue passionné autour d’un mythe toujours vivant

02 novembre 2019 | PAR Christophe Dard

Après Picasso et Leonard de Vinci, le studio Hébertot à Paris propose une pièce autour d’un autre grand nom de l’histoire de l’art, Vincent van Gogh. A travers une mise en scène originale, une conversation exaltée et intime entre la veuve de Théo, le frère de l’auteur de La Nuit étoilée, et l’un des amis les plus proches de l’artiste, le peintre Emile Bernard, Madame Van Gogh est l’un des coups de cœur immanquables de cet automne théâtral.

 

 

A peine trois lignes… C’est ce que consacre un journal à la mort de Vincent van Gogh en 1890, dans la page des faits divers, orthographiant mal son nom et en présentant le peintre comme un excentrique. Si cela prête à rire aujourd’hui, l’anecdote rappelle que l’artiste a souffert de son vivant d’une indifférence poisseuse. Solitaire et taciturne, il n’avait pas beaucoup d’amis et de soutiens. Le plus fidèle parmi ses proches était son frère Théo, de quatre ans son cadet. Leur importante correspondance, des milliers de lettres, retracent la vie du peintre en même temps que ses fulgurances et ses tourments. A croire que leurs encriers ne pouvaient plus vivre l’un sans l’autre, Théo meurt six mois après son frère Vincent et repose à côté de lui au cimetière d’Auvers-sur-Oise, dernière étape de dix années d’intense créativité artistique pour Vincent.  

 

 

C’est peu de temps après la mort de Théo que se situe la pièce Madame Van Gogh, un dialogue entre la veuve de Théo, Johanna (Lyne Lebreton) et l’un des rares complices de Van Gogh, le peintre Emile Bernard (Romain Arnaud-Kneisky). Avec la correspondance épistolaire entre les deux frères et les toiles de Vincent comme fantômes d’un passé récent, la pièce est une introspection de deux êtres différents mais unis dans une profonde réflexion autour de l’héritage et de la mémoire d’un artiste alors méprisé et inconnu.  

 

                                                                                   

 

Femme froide et hautaine qui cache en fait son désarroi d’élever seule un fils qui s’appelle également Vincent et d’avoir sur les bras l’abondante production du peintre, Johanna van Gogh semble à bout de souffle, prête à se jeter dans les bras d’une absinthe. Elle reçoit la visite d’un trentenaire fougueux, Emile Bernard, passé par l’école de Pont-Aven et déterminé à faire de Van Gogh un artiste célèbre comme une vengeance à l’incompréhension subie de son vivant. Entre Johanna et Emile, la discussion, sincère et tonique, est à la fois âpre et orageuse, bouleversante mais également drôle. Les deux protagonistes évoquent la vie de Van Gogh, sa vocation de pasteur puis ses débuts difficiles en autodidacte avant de séjourner à Paris, à Arles, où la cohabitation avec Paul Gauguin se termine mal, puis à Saint-Rémy-de-Provence et enfin à Auvers-sur-Oise.

 

 

Vincent van Gogh n’est plus mais son absence frappe d’un bruit assourdissant à la porte des souvenirs récents de sa belle-sœur et de son ami Emile Bernard. Les lettres entre Vincent et Théo étalées sur la scène, fragiles comme des feuilles mortes un jour de novembre, et les toiles auraient pu être piétinées par les pas lourds de l’oubli. Mais Johanna van Gogh et Emile Bernard, par la lecture de certains passages des lettres et l’analyse de certaines œuvres, parmi lesquelles l’Amandier en fleurs, Le Semeur, la série des Tournesols et le Champ de blé aux corbeaux, ressuscitent le peintre et l’éloignent le plus loin possible de la caricature de l’artiste maudit tout en contribuant à construire un mythe.

 

 

Retenue dans l’ultime sélection des dix pièces pour le coup de cœur du festival off d’Avignon 2019 par le jury du Club de la Presse, Madame Van Gogh, présentée jusqu’au 16 décembre 2019 au Studio Hébertot, est une pièce généreuse en émotions, parfaitement mise en scène par Cliff Paillé, fondateur de la troupe Hé ! Psst ! (dont font partie les deux comédiens de Madame Van Gogh), récompensé du Prix du Meilleur Auteur par le jury des P’tits Molières en 2018 pour Tant qu’il y aura des coquelicots (joué jusqu’au 23 novembre 2019 les jeudis, vendredis et samedis à 19h30 au théâtre l’Essaïon, dans le 4ème arrondissement de Paris) et nominé dans cette même catégorie cette année.

Lyne Lebreton et Romain Arnaud-Kneisky fournissent une interprétation magistrale dans ce huis clos haletant et émouvant, une manière de revisiter la vie et l’œuvre de Vincent van Gogh sans tomber dans le biopic traditionnel et ennuyeux… Vous savez donc ce qu’il vous reste à faire pour occuper vos soirées d’automne.

 

Christophe Dard

 

INFORMATIONS PRATIQUES :

Madame Van Gogh

Les dimanches à 19h30 et les lundis à 19h, jusqu’au 16 décembre 2019

Studio Hébertot 78 boulevard des Batignolles 75017 Paris

studiohebertot.com

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Christophe Dard
Diplômé d'un Master d'histoire contemporaine et d'une école de radio, Christophe est journaliste, passé notamment par Europe 1. Il travaille depuis 2013 pour Toute la Culture. Compte Instagram : https://www.instagram.com/christophe_dard/?hl=fr

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