Théâtre

Lumineuse Cerisaie de Tchekhov, à la Colline

30 mars 2009 | PAR marie

 La Cerisaie de Gaev et Loubiov a perdu le rouge vif de ses fruits mais elle garde cette lumière surnaturelle dont les propriétaires ne pourraient se passer. Mise en scène par Alain Françon, la dernière pièce d’Anton Tchekhov est jouée au théâtre de la Colline jusqu’au 10 mai. Des places sont encore en vente !!!

cerisaieAprès un séjour de plusieurs années à Paris, Loubiov Andreevna (Dominique Valadié) revient en Russie dans sa propriété chérie. Elle y est attendue par sa fille adoptive, Varia (Julie Pilod), qui, durant son absence, a pris soin des murs et des gens. La maison est telle qu’elle l’avait quittée : Varia, s’en est bien occupée, la chambre d’enfant est encore inondée de la lumière de la cerisaie et Firs , le vieux laquais (Jean-Paul Roussillon), a pris l’âge des meubles.

Si gaies soient-elles, ces retrouvailles risquent d’être bien furtives : la généreuse Loubiov a dépensé toute sa fortune auprès de son profiteur de mari ; elle rentre au pays couverte de dettes, avec pour seule perspective la vente de la propriété. La cession d’un domaine qui fut, à son apogée, un point de ralliement pour toute la contrée, en attriste bien d’autres qu’elle : ses parents, ses voisins et tous les moujiks (personnes de basse classe sociale en Russie) qui y vivent. Lophakine (Jérôme Kircher), fils et arrière petit fils de paysan devenu, par son seul labeur, très riche marchand, y est tellement attaché qu’il soumet à la propriétaire ses idées : pourquoi ne pas couper les cerisiers, implanter des logements pour les estivants et, ainsi, gagner de l’argent ?

Lophakine est un homme travailleur, expérimenté et intelligent ; sa proposition semble tenir bon mais les nobles à qui elle s’adresse n’entendent rien à ce verbiage financier. Ou plutôt ils ne font pas l’effort de le comprendre : jusqu’au bout la Cerisaie doit rester ce qu’elle a toujours été, un voluptueux lieu de vie où l’on disserte philosophie en dansant toute la nuit, où l’on profite des jardins auprès des siens… ni plus ni moins…  La vendre serait mettre définitivement fin à une classe sociale, l’aristocratie terrienne, et à un siècle, le XIXème. Si professeurs et intellectuels paraîssent souhaiter les libertés qu’annoncent ce boulversement, les laquais, par la voie de Firs, s’en effraient : la servitude volontaire vaut sûrement mieux que le désordre…. La révolution pointe…

Le suicide que narre Anton Tchekhov dans sa dernière scène pièce (1904), Alain Françon le met en scène avec une élégance toute aristocratique. Ses décors d’un réalisme simple cachent une technique habile ; ils sont mis en valeur d’une manière presque spirituelle : par un bain de lumière dans lequel les comédiens évoluent avec une grâce naturelle. Jean-Paul Roussillon en laquais octogénaire, a l’air, tel un Molière, de succomber sur scène tandis que Dominique Valadié incarne  Loubiov avec une fraîcheur que ne saurait lui autoriser l’âge du personnage signifiant ainsi un insouciant mode de vie. Au milieu de toute cette clarté, les tours de magie de l’exentrique gouvernante (Irina Dalle) rappellent le sujet en scène : l’illusion… L’illusion d’une classe épicurienne comme celle de la Révolution…

A voir pour le texte, pour la mise en scène, pour le jeu des acteurs, la magie créée et la lumière dégagée… à voir pour saluer Alain Françon qui, par Tchekhov, signe à la Colline sa dernière création (le metteur en scène quitte le théâtre en 2010) !

La Cerisaie, d’Anton Tchekhov, au théâtre de la Colline, jusqu’au 10 mai 2009, du la-cerisaiemercredi au samedi 20h30, mardi 19h30, dim 15h30, relâche lundi, 27 euros, 19 euros le mardi, 13 euros pour les moins de 30 ans. 15 rue Malte Brun, Paris 20e, Métro Gambetta. 01 44 62 52 52. Pour réserver en ligne : http://www.3emeacte.com/colline/Seances.aspx?manif=00000000-0000-0000-0134-000000000077

La Cerisaie, éternel retour : Rencontre avec le public en présence d’Alain Françon, George Banu, auteur de l’ouvrage Notre théâtre, « La Cerisaie » (Ed Actes Sud) et professeur d’Etudes Théâtrales à l’Université Paris III, Sorbonne Nouvelle, le 7 avril à l’issue de la représentation. (pour ceux qui ont déjà leurs places ce soir-là, complet).

Marie Barral

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