Théâtre
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L’Opera du Dragon, Johanny Bert rend la politique poétique

16 février 2012 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Une œuvre politique, dialoguant avec les textes antiques et l’actualité c’est ce que L’Opéra du dragon d’Heiner Müller offre dans les mots, la musique et les gestes du  tout nouveau directeur du Centre Dramatique National de Montluçon, Johanny Bert. Un théâtre qui du Japon à l’occident se livre tout public.

On pense au Bunraku, cette tradition de théâtre japonais mêlant un récit porté par une voix, ici, celle de l’époustouflante Maïa Le Fourn, accompagné de musique, ici sous la forme d’un homme-orchestre, Thomas Quinart et celle des marionnettes troublantes crées par Judith Dubois et manipulées par les comédiens faisant corps avec leurs objets.

Les textes de Müller «dialoguent avec les morts ». Ici, dans ce texte qui est à l’origine un livret d’Opéra, inspiré du Dragon d’Evgueni Schwartz, puisant lui-même sa source dans un conte d’Andersen, nous rencontrons un Dragon  despote, qui sous prétexte d’avoir sauvé la cité du choléra à l’Age de Pierre use et abuse de son pouvoir en épousant puis en tuant, les plus jolies filles de la polis. C’est sans compter sur le valeureux Lancelot qui, pour les yeux d’Elsa, combattra ce Goliath.

Sur scène, tout est à vue dans une élégance totale. La scénographie joue du noir. Dans la pénombre, Thomas Quinart fait revivre des instruments mécaniques qu’il transcende à l’aide de la technologie. Multi-voix, la récitante bluffante raconte et interprète les événements. Les manipulateurs remplissent d’émotions ces personnages en papier. La politique devient poétique.

L’Opéra du dragon s’appuie sur un équilibre fragile. Chacun déclenche la part de l’autre dans une symbolique d’état utopique où le collectif peut régner. Les questions soulevées sont celles d’une émancipation possible de la tyrannie. Le spectacle manie l’humour par touche dans des moments sensibles et souriants. On adore le petit peuple d’opposition tremblant, les masses agissant comme un seul et une perspective délirante au fibroscope des exploits du chevalier…

Par l’interaction des protagonistes, Johanny Bert vient interroger le processus de création même de la démocratie. A l’heure où les résultats des Révolutions Arabes déçoivent, ces poupées qui pleurent du sang viennent toucher nos cœur et garder intact nos espoirs d’indépendance.

Utopie ? « C’EST LA VIE. Mieux vaut en prendre son parti. » !

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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