Théâtre
« Loin d’eux », très près du talent de Rodolphe Dana au Théâtre de la Bastille

« Loin d’eux », très près du talent de Rodolphe Dana au Théâtre de la Bastille

24 juin 2011 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Coup de cœur sans restriction pour le spectacle « loin d’eux « qui se donne au Théâtre de la Bastille dans le cadre d’un compagnonnage d’un mois du collectif Les Possédés. David Clavel et Rodolphe Dana mettent en scène dans la salle du bas le premier roman poignard de Laurent Mauvignier, « Loin d’eux » publié en 1999 aux Editions de Minuit.

Seul en scène, Rodolphe Dana est tous les personnages. Luc, le fils qui « monte » à Paris et s’y suicide. Face au drame, le père Jean, homme un peu bourru, Marthe la mère douce, sa sœur Geneviève avec qui elle boit du café dans la cuisine et Gilbert, l’oncle qui croit savoir, croit comprendre.

« Loin d’eux » c’est une tranche de vie intense, la famille décrite est somme toute banale avec son lot d’incompréhension entre les parents et les enfants. D’un côté les posters envahissent le papier peint, de l’autre, le père bosse comme un crevard à l’usine, il n’a pas le temps, lui, de se demander si son job il l’aime ou pas. Et très vite, surgit le drame. La mort de l’adolescent balayé par la solitude.

Rodolphe Dana évolue dans un espace où seule une chaise en formica vient casser le silence du vide, il n’a pas de costume et porte dans une fausse désinvolture une chemise en lin, évidement froissée, tombant sur son pantalon. Par petites touches, avec des changements de lumières, de regard, de posture et de placement du corps, le comédien devient chacun des protagonistes, tous en poids à des monologues intérieurs sur la culpabilité, le doute, la compassion. Dana est ici au cœur du propos dans un partage formidable avec un public qui ne peut que se sentir happé par la force de ce jeu qui ne tutoie jamais l’imitation.

Le texte est superbe d’accessibilité, on retrouve chez Mauvignier des pointes d’Albert Cohen et de son Livre pour ma mère. Et pourtant, la tristesse de ce texte est souvent teintée de joie, on se projette, on se reconnait, Le récit capte à merveille le moment d’après, une fois que le mort est en terre, l’énervement retombe, la vie reprend le dessus malgré soi.

« Loin d’eux » est l’incontournable dernier rendez-vous de la saison théâtrale.

 

Visuel (c) Anne Baugé

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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