Théâtre

Lisbeths à la Manufacture des Abbesses, ou les métamorphoses de l’amour

Lisbeths à la Manufacture des Abbesses, ou les métamorphoses de l’amour

27 septembre 2011 | PAR Amelie De Chaisemartin

Dans le théâtre intimiste des Abbesses, deux comédiens, Claude Lalu et Babette Largo (en alternance avec Nadina Khouri), jouent une histoire que nous avons l’impression de bien connaître, celle de la naissance de l’amour, dans une mise en scène Manuel Bouchard.

Ce récit de coup de foudre ressemble pourtant bien peu à ce qu’on a l’habitude de voir dans les films hollywoodiens. Pietr et Lisbeths ont la quarantaine, un corps imparfait, et un passé à traîner. La pièce est un dialogue semé d’apartés, qui manifestent la difficile communication des êtres et rappellent la sous-conversation de Nathalie Sarraute. Les personnages parlent en effet d’eux-mêmes à la troisième personne, sous la forme d’un discours indirect libre, comme le ferait un romancier.

C’est cependant surtout sous le point de vue de Pietr que l’histoire nous est racontée, et la personnalité de Lisbeths nous reste mystérieuse. C’est l’incompréhension de l’homme devant les métamorphoses de la femme qu’il aime, tantôt mère, tantôt jeune fille, qui nous est contée.

Ce couple un peu perdu, entre deux âges de la vie, se retrouve toujours dans les gares, dans ce lieu de passage, entre les retrouvailles et le départ, avec l’impression de se rencontrer pour la première fois et la peur de se perdre.

L’histoire est située dans un monde en métamorphose, incertain et boîteux, lui aussi. Pietr vend des encyclopédies, ce qui étonne Lisbeths, qui pensait que ce métier n’existait plus, et il lui lit Marx et Michelet. Autour des deux personnages gravitent des infirmes, des muets, des unijambistes, tous imparfaits et faibles, en manque d’amour.

La pièce explore tous les recoins de la passion amoureuse, le désir, le plaisir, l’envie de posséder l’autre qui se heurte à sa liberté et se meut en désir de meurtre, et l’enfantement. Les deux comédiens jouent merveilleusement bien, avec une simplicité au service du texte de Fabrice Melquiot. Deux chaises et un drap suffisent à représenter les lieux où ils évoluent, aidés de l’éclairage et de quelques notes de musique. On apprécie ce type de mise en scène, qui préfère l’évocation à la saturation visuelle.

 

 

 

Wangari Maathai, « the tree woman » disparait
Sorties ciné de la semaine ( 28 septembre )
Amelie De Chaisemartin

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *