Théâtre

L’intemporel « Clérambard » de Marcel Aymé au Théâtre 13/Jardin

L’intemporel « Clérambard » de Marcel Aymé au Théâtre 13/Jardin

01 décembre 2017 | PAR Victoire Chabert

«Clérambard», noble ruiné, fait régner la terreur sur sa famille. Un jour il rencontre Saint-François d’Assise, bouleversé par cette apparition, il change totalement d’attitude. Cette pièce de Marcel Aymé, mise en scène par Jean-Philippe Daguerre et reprise au Théâtre 13/Jardin, est un chef-d’œuvre du burlesque à (re)découvrir jusqu’au 23 décembre 2017.

Le comte de Clérambard, étouffé par les dettes, tyrannise sa famille, la réduisant à manger du chat et à tricoter des pullovers qu’il vend pour sauver les murs de son château. Après avoir tué le chien du curé pour le cuisiner, le comte reçoit l’apparition de Saint-François d’Assise, qui va le bouleverser. L’homme prosaïque et coincé, se transforme en un saint prodigue et tolérant. Le héros gueulard et mauvais bougre, qui tirait sur les animaux par plaisir, ne veut plus qu’on touche à une araignée. Le comte misogyne souhaite maintenant marier son fils à une prostituée qui est, pour lui, une victime innocente. L’avare décide de tout vendre pour, une fois les dettes acquittées, vivre de mendicité dans une roulotte et ainsi faire partager à tous les siens les délices de la pauvreté !

Clérambard ©Grégoire Matzneff

Le jeu des acteurs, bien dans leurs rôles et dans leurs textes, la vivacité du propos et les quiproquos en cascade font de cette pièce un comique de boulevard réussi. La mise en scène dépouillée, qui contraste avec le réalisme des costumes contribue à mettre en avant la qualité des interprètes, de la Compagnie théâtrale « Le Grenier de Babouchka ». Mais aussi le langage, puisqu’au delà des expressions aux tournures anciennes, le texte de Marcel Aymé reste moderne. Cette pièce, représentée pour la première fois en 1950, est étonnamment d’actualité avec ses personnages en quête de repères, tant sociaux que religieux. Effectivement, la soudaine métamorphose de Clérambard interroge sur la société d’aujourd’hui, où, le matérialisme l’emporte sur les dimensions plus spirituelles. Au moment où le médecin s’apprête à interner Clérambard, qualifié d’illuminé, Saint-François d’Assise se montre à tous et les incrédules sont confondus. Ironie, il n’y a que le curé qui soit aveugle au miracle. «La comédie passe ici par toutes les couleurs, l’humour est noir et le rire jaune» comme l’indique le metteur en scène Jean-Philippe Daguerre.

Clérambard ©Grégoire Matzneff
Clérambard ©Grégoire Matzneff

Toujours en quête d’une justesse irrationnelle provoquée par un jeu presque excessif à la limite de l’outrance, la mise en scène balaye conventions et faux semblants avec une belle allégresse. Le texte intemporel de Marcel Aymé confer à «Clérambard» une universalité sans faille.

Visuels : Grégoire Matzneff

Clérambard – Texte : Marcel Aymé – Mise en scène : Jean-Philippe Daguerre – Avec Grégoire Bourbier, Isabelle de Botton, Séverine Delbosse, Franck Desmedt, Antoine Guiraud, Hervé Haine, Romain Lagarde, Guilaine Londez et Flore Vannier-Moreau

Infos : Du 14 novembre au 23 décembre 2017 du mardi au samedi à 20h, dimanche à 16h au Théâtre 13 / Jardin – Durée :1h40 sans entracte – conseillé à partir de 10 ans

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