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Franck Finance-Madureira : « Il y aura sans doute un après-120 battements par minute »

Franck Finance-Madureira : « Il y aura sans doute un après-120 battements par minute »

01 décembre 2017 | PAR Yaël Hirsch

C’était le choc politique et cinématographique de la Compétition officielle, à Cannes, cette année 2017. Avec plus de 800 000 entrées dans les salles en France, 120 battements par minute nous a replongés dans les années de la réinvention de l’activisme politique par Act Up. Le film de Romain Campillo a remporté non seulement le Grand Prix à Cannes, mais aussi la Queer Palm. En cette journée nationale de lutte contre le Sida, le président-fondateur de ce prix, le journaliste Franck Finance-Madureira nous parle de l’impact de ce film important.

A noter : le magazine FrenchMania dont Franck Finance-Madudeira est co-rédacteur en chef a dédié un important dossier.

La Queer Palm 2017 à 120 battements, c’était une évidence? 
Avec un président du jury engagé comme le réalisateur Travis Mathews (I want your love, Interior, Leather Bar coréalisé avec James Franco), Le festival a été très politique pour la Queer Palm. Nous avons notamment affiché lors de notre montée des marches notre soutien aux homosexuels persécutés en Tchétchénie. Malgré une compétition riche (They, Nos années Folles, Coby, …), le jury s’est mis d’accord très rapidement sur 120 battements par minute qui au-delà de son aspect politique et militant est un grand film de cinéma. On peut vraiment parler d’évidence.

Ce que vous appelez « une forme de revival actupien » avec ce film a-t-il eu et a-t-il un impact sur le renouvellement de la mobilisation dans la Lutte contre le Sida?
En permettant aux plus jeunes de découvrir presque de l’intérieur ce qu’ont été les combats d’Act Up-Paris au début des années 90, le film a créé un désir de compréhension, d’information et d’engagement pour de nombreuses personnes. Act Up est en train de gagner des militants et de réaffirmer son expertise sur la lutte contre le sida et les nouvelles formes qu’elle doit prendre dans cette ère post-trithérapie et avec l’arrivée des traitements préventifs. C’est un des effets positifs du film.

Pour la sortie de 120 battement, vous avez interrogé plusieurs des membres de l’équipe et notamment les jeunes acteurs. Comment les différentes générations perçoivent-elles le film? Notamment celles qui n’ont pas vécu « les années sida »?
Les jeunes comédiens du film étaient des enfants lors des grandes années de l’association mais beaucoup étaient déjà sensibilisé et avaient un passé militant ou des engagements personnels forts. Le film opère vraiment sur les jeunes spectateurs comme un récit historique qui recontextualise l’histoire récente de la France et des combats de lutte contre le sida et qui les amène à réfléchir sur ce qu’il reste à faire dans le domaine du sida mais également sur des sujets déjà portés par Act Up : les migrants et les prisons.

120 battements est plus qu’un « film historique », c’est une oeuvre forte sur l’engagement politique… En quoi résonne-t-elle avec le désir de démocratie directe?
Act Up a renouvelé fondamentalement les modes de militantisme en France notamment par deux de ses modes de fonctionnement forts : l’expertise et les méthodes d’actions. L’association est la pionnière des associations de malades en France. Ce fut la première fois dans le débat avec les autorités, les laboratoires et es médecins que des malades constituaient une expertise, un lobby scientifique pour agir directement sur le fond du problème. D’autre part ses modes d’action spectaculaires : les zaps, le faux sang, la force graphique des logos et des slogans, la médiatisation par la force de l’image créé ont marqué les esprits et ont servi à de nombreux groupes militants par la suite. Act Up-Paris a été la première association de militants qui a interpellé directement les gouvernements, les experts, les médecins et les laboratoires. Elle est forcément une source d’inspiration pour les mouvements qui ont suivi et cela était très visible notamment lors de Nuit Debout.

Cela faisait-il longtemps qu’aucun film n’avait évoqué le sujet des « années Sida »? Ou beaucoup de films sont-ils sortis qui n’ont pas su marquer autant la sphère publique?
En France, effectivement il y aura sans doute un « après-120 battements par minute » dans la façon dont le grand public voit la lutte contre le sida. Le sujet a donné lieu à de nombreux films et je vous conseille à ce sujet la lecture du passionnant ouvrage du journaliste Didier Roth-Bettoni, Les années sida à l’écran (Edition ErosOnyx) qui recense tous les films et téléfilms sur le sujet tout en prenant en compte la façon dont ils ont influé la société. Aux Usa, il y a eu, par exemple, un avant et un après-Philadelphia dans la perception des malades du sida.

De votre point de vue quelles sont les plus grandes avancées dans la lutte contre le sida dans les dernières années?
La sida semble avoir disparu de la sphère politique ces dernières années, espérons que le film permette à chacun de comprendre en quoi le combat n’est pas terminé. La plus grande avancée, c’est que désormais une personne séropositive bénéficiant des traitements adéquats n’est plus contaminante. Parallèlement, les traitements préventifs (La Prep) permettent aux séronégatifs de se protéger et étendent les possibilités d’adapter son mode prévention à ses pratiques sexuelles, c’est une immense avancée qui peut laisser espérer un monde sans sida. Encore faudrait-il que les pays les moins favorisés bénéficient de ces avancées.

Le cinéma se fait-il encore relais de ce combat?
Le cinéma a quelques années de retard sur les progrès récents et la façon d’aborder les relations notamment sexuelles entre séronégatifs et séropositifs. Seule la série Looking (Andrew Haigh, HBO) a traité de ces sujets dans sa dernière saison.

visuels : portrait de Franck Finance-Madureira (c) Sébastien Dolidon et affiche du dossier spécial de Frenchmania dédié au film

La légende de Bruno et Adèle de Amir Gutfreund chez Gallimard
L’intemporel « Clérambard » de Marcel Aymé au Théâtre 13/Jardin
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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