Théâtre
L’importance d’être constant avec Jeoffrey Bourdenet, au Théâtre Hébertot

L’importance d’être constant avec Jeoffrey Bourdenet, au Théâtre Hébertot

27 octobre 2021 | PAR Geraldine Elbaz

Depuis fin septembre 2021, le Théâtre Hébertot présente la pièce d’Oscar Wilde, L’importance d’être constant, avec une très belle distribution : Evelyne Buyle, Delphine Depardieu, Olivier Sitruk et Arnaud Denis dans le rôle-titre et à la mise en scène. Seulement voilà, Arnaud Denis, souffrant, n’a pas pu jouer pour la représentation du 26 octobre et c’est Jeoffrey Bourdenet, à l’affiche de 12 hommes en colère dans le même théâtre, qui a dû le remplacer au pied levé, texte en main. Mais quelle prestation ! Non seulement la pièce est une réussite mais surtout le jeu de Jeoffrey Bourdenet, dans les conditions annoncées, est un exploit. Une très belle surprise.

A situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles

Devant le théâtre, dans la file d’attente, au moment de présenter le pass sanitaire, on nous remet un petit papier nous annonçant que Monsieur Arnaud Denis sera dans l’incapacité de tenir son rôle suite à un accident survenu le matin même et qu’il sera remplacé par Monsieur Jeoffrey Bourdenet, qui gardera son texte en main. Ascenseur émotionnel immédiat, nous venions aussi et surtout pour voir Arnaud Denis. Certes, même absent, il était là, étant donné qu’il a signé la mise en scène, mais tout de même… comment sauver la pièce et présenter le spectacle au public sans le rôle principal ? 

Jeoffrey Bourdenet, comédien brillant et metteur en scène émérite, sera l’homme de la situation. Non, il n’a pas déjà joué cette pièce, ni appris le texte en amont. C’est le jour même qu’on lui a demandé d’apprendre ce qu’il pouvait en un temps record pour incarner un nouveau rôle avec texte à l’appui. Quoi qu’il arrive, à 21h il faudra se présenter devant le public. Pas évident. Et pourtant… 

L’intrigue 

Écrite par l’écrivain irlandais Oscar Wilde en 1895, The importance of being Earnest, L’importance d’être constant (notez le double sens habilement traduit) raconte l’histoire de Jack et Algernon, deux dandys de la haute société londonienne à l’époque victorienne, qui vont s’inventer un double pour justifier leurs escapades libertines. Et l’amour dans tout ça ? Quand il survient, tel est pris qui croyait prendre et cela change la donne. De quiproquos en embrouillaminis, l’histoire se tisse et les aphorismes fusent. Oscar Wilde nous sert un texte formidable, rempli de mots d’esprits, d’humour et de rebondissements éloquents. Le vaudeville dans toute sa splendeur.

La distribution

Tous les comédiens jouent une partition impeccable. Ils sont extravagants, outranciers, drôles, poussent le curseur à l’extrême et ça marche ! Evelyne Buyle (Lady Bracknell) excelle dans le caractère rigide de son personnage, à la fois arrogant et fantasque. Delphine Depardieu (Gwendoline) et Marie Coutance (Cecily) insufflent modernité et liberté sur le plateau, Olivier Sitruk (Algernon) est exquis et immoral à souhait. 

Mention spéciale évidemment pour Jeoffrey Bourdenet qui a su incarner merveilleusement son rôle, et qui était malgré tout dans l’émotion juste du début à la fin. On le voyait d’ailleurs tourner les pages de son texte au fil de la représentation avec le tempérament de son personnage. On devinait presque en filigrane le jeu d’Arnaud Denis. D’aucuns diraient dans ces cas-là : la relève est assurée.

Une mise en scène particulièrement soignée

Transposée dans les années folles, la pièce conjugue élégance et raffinement. L’opulence des décors et des costumes offre une esthétique très agréable. Tous les détails ont été savamment pensés et l’orchestration de l’ensemble est une réussite. Le rythme soutenu jusqu’au feu d’artifice final nous embarque totalement. Du générique vidéo en noir et blanc, illustré par une musique entraînante, belle trouvaille, jusqu’aux aux tableaux humains en fin de représentation : tout est sublime. 

Les bravos répétés du public confirment non seulement que la soirée fut belle et que c’était au final peut-être même une chance d’assister à cette représentation aux conditions pour le moins exceptionnelles. 

Enfin, Arnaud Denis reprendra son rôle d’ici trois semaines, ce sera donc l’occasion d’y retourner ! D’ici-là, on lui souhaite un bon rétablissement.

Visuel : (c) Laurencine Lot

L’importance d’être constant

Une pièce d’Oscar Wilde

Au Théâtre Hébertot

Avec Evelyne Buyle, Olivier Sitruk, Delphine Depardieu, Arnaud Denis, Marie Coutance, Jean-Pierre Couturier, Nicole Dubois, Gaston Richard, Fabrice Talon

Depuis le 21 septembre 2021

Du mardi au samedi à 21h, dimanche à 15h

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Geraldine Elbaz
Passionnée de théâtre, de musique et de littérature, cinéphile aussi, Géraldine Elbaz est curieuse, enthousiaste et parfois… critique.

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