Théâtre

Les trois petits cochons à la Comédie française

19 novembre 2012 | PAR Ruben Moutot

A travers une production originale et audacieuse, Thomas Quillardet retrace l’aventure des trois petits cochons en mêlant rigueur littéraire, traits d’humour et musiques rythmées. Il ressuscite l’émerveillement des contes d’antan avec l’ingéniosité des moyens modernes.

L’histoire est bien fameuse, elle date du XVIIIème siècle mais a été cette fois-ci adaptée par Marcio Abreu et Thomas Quillardet. Cette adaptation nous plonge dans la vie de trois petits cochons qui quittent leur mère et la ferme dans laquelle ils ont grandi, pour ne pas finir en saucisse. Après avoir fait quelques rencontres, dont le sympathique Claude, ils décident de construire des maisons avec la paille que leur lègue ce dernier. Mais le loup passe par là et tente de les attirer dans un piège en simulant une fête, usant d’une charmante musique. Constatant que sa ruse ne marche pas, il souffle sur les maisons de paille à l’aide d’un sèche-cheveux géant, et emmène l’un des trois cochons pour le manger. Les deux restants construisent des maisons en bois, mais celles-ci ne résistent pas plus aux assauts du Loup et ce dernier fait donc une nouvelle victime. Le dernier cochon bâtit alors une maison de fer et le Loup tente de s’y introduire par la cheminée. Mais il tombe dans la marmite de soupe qui était sur le feu et finit à son tour par se faire manger.

Les adaptations théâtrales des trois petits cochons sont rares. Et pour cause si le conte est certes fort populaire, il n’en demeure pas moins complexe à mettre en scène. A travers le choix de Thomas Quillardet, point de masque ou de déguisement pour affirmer le caractère animal des personnages, seulement le jeu. Un jeu qui, de scène en scène, se distingue par son audace et ses détails percutants, comme la manière pour le moins bruyante qu’ont les acteurs de dévorer leur nourriture par exemple. Ils mangent comme des petits cochons, se meuvent comme des petits cochons, et parlent même à la manière qu’on imaginerait que des petits cochons parlent. Point besoin d’artifices donc, lorsque le talent est au rendez-vous. Le loup, quant à lui, incarné par Serge Bagdassarian (déjà au cœur de la rentrée pour son rôle dans le Dom Juan de Jean Pierre Vincent), n’a pas de longues dents, mais plutôt une méchante hache ou encore un sèche-cheveux. Un personnage prend une importance toute particulière dans cette mise en scène, Claude (joué par Bakary Sangaré qui réunit le coffre d’un Michael Clarke Duncan et la prestance d’un Jean-François Balmer), qui croise le chemin des trois petits cochons et leur offre la paille pour bâtir leurs maisons.

Les quelques touches de modernisme contribuent au rythme et à l’originalité de l’œuvre, on se laisse ainsi entrainer par la mélodie des Rolling Stones, émouvoir par l’angélique voix de Nico ou émerveiller par les notes de Vivaldi. Surtout, la prouesse se trouve dans l’articulation de la scène autour des besoins architecturaux de la pièce. Cette dernière se transforme et se reforme, passant successivement de trois chaumières de paille suspendues à d’imposantes bâtisses de bois qui émergent du plancher pour finalement nous offrir une véritable forteresse de métal. Tout cela sur la petite scène du Studio-Théâtre. Une performance technique qui redonne toute sa magie à une histoire parfois vue et revue.

Thomas Quillardet nous offre donc ici un conte pour les petits comme pour les grands qui dévoilera aux premiers l’une des plus belles histoires de notre enfance et aux seconds, un moment de nostalgie rendu possible par l’art de la mise en scène.

Mise en scène de Thomas Quillardet. Avec Julie Sicard, Serge Bagdassarian, Bakary Sangaré, Stéphane Varupenne, Marion Malenfant. Adaptation de Marcio Abreu et Thomas Quillardet. Scénographie de Dominique Schmidt. Lumières d’Eric Dumas. Assistante à la mise en scène : Raphaële Bouchard.

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Ruben Moutot

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