Théâtre

Les têtes d’affiche de la rentrée théâtrale parisienne

07 septembre 2010 | PAR Christophe Candoni

Les trois coups de la rentrée théâtrale retentissent sur de nombreuses scènes à Paris ces jours-ci. Les directeurs des théâtres privés ont une fois de plus misé sur des acteurs connus, rendus populaires par le cinéma, la chanson ou la télévision, pour faire venir le plus grand nombre de spectateurs dans leur salle. Du côté du Théâtre public, des spectacles marathons vont créer l’évènement. L’offre est riche et variée, parfois audacieuse. Petit tour d’horizon des pièces à applaudir en ce début de la saison 2010-2011.


Le comédien Jacques Weber a ouvert le bal le 3 septembre avec Solness le constructeur, une pièce du grand dramaturge nordique Henrick Ibsen au Théâtre Hébertot. Il est accompagné sur scène de Mélanie Doutey et d’Edith Scob et dirigé par Hans Peter Cloos. Le metteur en scène réunira plus tard dans le mois Sara Forestier et Patrick Mille au Studio des Champs-Elysées dans Interview, une rencontre entre une starlette people et un grand reporter tiré adapté du film de Theo Van Gogh. A partir du 8, à la Comédie des Champs-Elysées, l’immense Michel Bouquet reprend Le Roi se meurt, de nouveau sous la direction de George Werler. Son interprétation du rôle-titre lui valu le Molière du Comédien il y a cinq ans.

Le directeur du Théâtre Edouard VII, Bernard Murat n’a pas raté son coup médiatique en invitant le chanteur et acteur Patrick Bruel à revenir sur les planches dans Le prénom, une comédie qu’il mettra comme d’habitude lui-même en scène. Un autre retour au théâtre est très attendu, celui de la délicieuse Julie Depardieu qui va se plonger dans l’atmosphère chatoyante de la Belle Epoque avec Nono de Saha Guitry mis en scène par Michel Fau. Le rire sera donc bien présent dans les salles où on retrouve des pointures du boulevard comme Roland Giraud qui jouera Le Technicien au Palais-Royal, Thierry Lhermitte dans Grand écart à la Madeleine ou encore Martin Lamotte dans Drôle de couple aux Nouveautés. La rentrée promet aussi de faire grincer des dents. On connaît la verve, l’ironie et le goût pour la provocation de Bertrand Blier, il montera à partir de 9 septembre sa dernière pièce Désolée pour la moquette… au Théâtre Antoine avec entre autres Myriam Boyer et Anny Duperey. Romane Bohringer et Didier Bénureau sont à la Pépinière Théâtre dans Les Amis du placard, une comédie mise en scène par Pierre Pradinas qui, selon l’affiche, s’annonce « féroce ».

Il ne faudra pas non plus rater la reprise de l’excellent spectacle d’Edouard Baer Miam miam toujours à Marigny, juste avant les retrouvailles d’un duo surprenant : Michel Galabru et Philippe Caubère qui reprendront Jules et Marcel d’après la correspondance de Pagnol et Raimu. En revanche, nous passerons notre chemin pour La Cage aux folles à la Porte Saint-Martin, bien que la pièce ait connue un grand succès la saison dernière, et pour la nouvelle version du Dîner de cons avec le couple Chevallier et Laspalès au Théâtre des Variétés. Le rabâchage purement commercial de ces textes, certes divertissants mais qu’on connaît par cœur, est franchement regrettable !

On se laissera davantage surprendre et séduire par les propositions plus ambitieuses du metteur en scène Didier Long qui signe deux spectacles pour cette rentrée : L’Amant de Pinter avec Léa Drucker et Pierre Cassignard à partir du 10 septembre dans la salle Popesco à Marigny et, dès le 15, Barbara Schulz sera La Parisienne de Becque au côté de Jérôme Kircher au Théâtre Montparnasse. Certains directeurs prennent des risques louables en faveur d’un théâtre plus exigeant et c’est le cas de Pierre Lescure qui offre au public de Marigny la possibilité de découvrir la superbe pièce d’Ascanio Celestini La Fabbrica donnée en janvier dernier au théâtre des Abbesses. Autre habitué des plateaux du théâtre privé, Christophe Lidon montera Les Dames du jeudi avec Marina Vlady, Catherine Rich et Annick Blancheteau au Théâtre de l’œuvre. La rentrée sera littéraire au Théâtre de l’Atelier où en début de soirée Fabrice Lucchini poursuit ses lectures de Philippe Muray alors que Carole Bouquet prépare les « lettres de Génica » d’Antonin Artaud pour le 5 octobre. Le duo de charme que forment Alice Taglioni et Elodie Navarre aura déjà commencé les représentations de Chien Chien.

Début de saison en chanson au Théâtre de Paris qui se met à la comédie musicale avec Rendez-vous, l’adaptation française de « She loves me ». Ce sera l’occasion pour Kad Merad de nous faire découvrir son grain de voix. Dans la petite salle, Martial di Fonzo Bo signera la création de La Mère, la dernière pièce du romancier Florian Zeller qu’interprèteront Catherine Hiegel et Clément Sibony. Daniel Colas, autre auteur contemporain ,nous présentera fin octobre Henri IV avec Jean-François Balmer aux Mathurins.

La rentrée des théâtres subventionnés se veut européenne et marathonienne. Le théâtre de Chaillot offre la possibilité de voir enfin à Paris la trilogie de Wajdi Mouawad qui fit frissonner une nuit durant les festivaliers de la Cour d’honneur du Palais des Papes à Avignon l’été 2009. La colline invite le metteur en scène polonais Krystian Lupa pour un spectacle autour de l’art underground d’Andy Warhol, Factory 2, tandis que Peter Stein réalise le défi fou et démesuré d’adapter pour la scène les Démons de Dostoievski. La pièce sera jouée en italien par 25 interprètes aux Ateliers Bertiers.

La Russie sera à l’honneur au théâtre de la ville qui accueille fin septembre la compagnie du Théâtre Alexandrinsky de Saint-Pétersbourg pour Le Mariage et la Compagnie Soundrama Studio-Moscou pour La Noce.

Plus intimiste, au théâtre du Rond-Point, Isabelle Carré prête sa voix à l’auteur anonyme d’Une femme à Berlin. Un texte qui fit scandale lors de sa parution dans la capitale allemande tant le sujet lié aux atrocités de la guerre est dérangeant. Son amie, l’actrice Zabou Breitmann est également au Rond-Point, elle y met en scène La Médaille. A la comédie-Française, on peut retrouver Denis Podalydès et la troupe dans les reprises de LAvare et La Grande magie avant la première nouvelle production de la rentrée : Andromaque mi-octobre mis en scène par l’administratrice générale de la maison Muriel Mayette.

Les coups de coeurs de la rentrée théâtrale
Two Days in Deauville
Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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