Théâtre

Les larmes rentrées d’une valse algérienne au théâtre de l’aire Falguière

26 novembre 2010 | PAR Yaël Hirsch

Mise en scène par Geneviève Rozenthal, d’après un texte poignant de Elie-Georges Berreby à l’intimiste Théâtre de l’Aire Falguière, « Une valse algérienne » est prolongée jusqu’au 19 décembre. Un spectacle fort et juste qui rejoue les Capulets et les Montaigus aux lendemains peu chantants de l’indépendance algérienne.

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Joël  (Jérôme Sitruk) a grandi en Algérie et a du la quitter comme beaucoup de « Français » au moment de la guerre  d’indépendance. Mais si Joël s’est fait renvoyer du pays, c’est pour avoir transmis des nouvelles de sa famille à son ami d’enfance, Mouloud (Mohamed Kerriche), alors fait prisonnier par les Français pour ses engagements en faveur de la libération de son pays. Après quelques temps passés au Mexique à exercer son métier de journaliste, Joël trouve un poste qui lui permet de revenir dans le pays où il a grandi : il travaille dans un journal francophone algérien, utilisant son Arabe pour couvrir toutes sortes de cérémonies officielles aux quatre coins du pays. Mais l’ancien colon tombe amoureux de sa rédactrice en chef, Dinah (Leila Ben Mosbah) veuve d’un héros national et elle même héroïne du tout nouveau pays. Pendant des mois Joël ne dit rien de sa flamme, mais se permet de protester de plus en plus contre la ligne éditoriale du journal qui légitime tous les abus du nouveau pouvoir. Quand finalement il se déclare, rien n’est facile, malgré l’amour partagé : elle est profondément musulmane et soufie, et lui traité en « roumi » (européen) et infidèle . Leurs statuts sont particuliers et leur viennent en aide : elle est une femme de pouvoir quand toutes reviennent sous la coupe des pères, des frères et des maris. Lui est toléré, mais à peine, dans ce qu’il considère douloureusement être son pays. Mais, lors de la naissance d’une nation, il n’y a pas d’exception qui tienne…

A partir du texte simple, fort et beau de Elie-Georges Berreby, Geneviève Rozenthal a imaginé -avec raison- une mise en scène volontairement discrète : « Il s’agit de faire vivre et percevoir un texte à plusieurs étages, donc de donner l’absolue priorité à ce texte sur toute initiative gratuite de mise en scène », dit le metteur en scène dans sa note d’intention. Soutenue par la scénographie minimaliste et superbe de Sabine Algan (les acteurs déplacent six cubes sur scène pour suggérer tous les décors : le bureau du journal, la garçonnière de Joël, le sublime appartement de Dinah, et même la plage) et par une jolie vidéo de valse la pièce tient le spectateur ligoté aux destinées des trois protagonistes. Le jeu des acteurs est également pour beaucoup dans la grande réussite de cette pièce. Dans le personnage de Mouloud, Mohamed Kerriche représente avec flegme toute la complexité du monde extérieur  aux amoureux. Dans le rôle du personnage le plus intéressant car invité sans marques dans un pays qui a été sa patrie, Jérôme Sitruk fait grandir son personnage de Joël, de scène en scène. Enfin, lumineuse, radieuse, toujours juste, Leila Ben Mosbah (qu’on avait découverte dans un rôle plus léger dans le film Les Barons) parvient à exprimer en un sourire des yeux tous les paradoxes du personnage de Dinah. « Une valse algérienne »  aborde avec tact des sujets douloureux et prouve à nouveau qu’avec beaucoup d’exigence, on peut faire du grand théâtre avec peu de moyens. A voir avant le 19 décembre.

« Une valse algérienne« , Jusqu’au 19 décembre, les mercredis et jeudis à 20h45, les dimanches à 17h30, (sauf les 1ier et 2 décembre), de Elie-Georges Berreby, mise en scène : Geneviève Rozenthal, scénographie : Sabine Algan, avec Jérôme Sitruck, Leila Ben Mosbah, Mohammed Kerriche Théâtre de l’aire Falguière,55 rue de la Procession, Paris 15e, m° Falguière, 10 à 15 euros, réservation 01 56 58 02 32.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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