Théâtre
« Les Égarés du Chaco », retour sur la guerre par l’Ecole nationale de théâtre de Bolivie

« Les Égarés du Chaco », retour sur la guerre par l’Ecole nationale de théâtre de Bolivie

25 octobre 2014 | PAR La Rédaction

En tournée en ce moment en Europe, La Compagnie Amassunu a joué en espagnol les Egarés du Chaco au Théâtre de l’épée de bois, sur invitation du Théâtre du Soleil qui célébrait son cinquantenaire. Une pièce qui revient sur la guerre qui a eu lieu de 1932 à 1935 entre la Bolivie et le Paraguay. A travers la perte de mémoire d’un militaire, les Egarés du Chaco, tiré du roman La Lagune H3 d’Adolfo Costa du Rels, a sorti le public français de son ethnocentrisme historique pour parler d’un conflit trop méconnu, alors même que les guerres qui ont eu lieu en Amérique Latine sont souvent le fruit de conflits entre grandes entreprises européenne ou étasuniennes.

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En pleine guerre du Chaco entre la Bolivie et le Paraguay (1932-1935), une poignée de soldats boliviens se perd dans une nature hostile et aride, à la recherche d’une hypothétique lagune. Pour tenir malgré la soif, la fatigue et les terreurs, chacun a ses recours : l’illusion, Dieu, les superstitions. Pour l’un d’eux, ce sera l’acte de création, un geste imprévisible, considérable, qui transcendera à lui seul la peur de la mort et sera son unique salut.

La guerre du Chaco, c’est un conflit qui aurait été orchestré (mais évidemment les preuves manquent souvent) entre l’entreprise néerlandaise Shell et la Standard Oil Company entreprise américaine pour s’accaparer les terres du Chaco riches en pétrole et en gaz naturel. Ces raffineries ont été aujourd’hui nationalisées par le président Morales alors qu’à l’époque la guerre du Chaco avait été l’une des guerres les plus sanglantes de l’histoire de l’Amérique Latine. (100 000 morts)

Mais c’est de cette « nouvelle » Amérique latine que nous vient cette troupe et sa mise en scène, aux antipodes des provocations fantasques frisant le ridicule de Layera. Alors que depuis les beaux quartiers du Chili, Layera essaie de nous montrer sa subversion subventionnée, cette troupe de boliviens et ce projet viennent d’un homme encore trop méconnu en France et pourtant grand Monsieur du théâtre sud-américain: Marcos Malavia. Marcos Malavia est le directeur de l’école nationale de théâtre de Bolivie fondée et créée par lui en 2004 dans un des quartiers les plus pauvres de Santa Cruz. Il est dramaturge, auteur, et pédagogue, cette école est d’ailleurs aujourd’hui en partenariat avec le Conservatoire national de Paris. Marcos Malavia dirige aussi le festival auteurs en Actes à Bagneux tous les ans et défend les auteurs contemporains vivants comme le spectacle vivant c’est un homme engagé dans le théâtre avec « discipline et rigueur » comme dirait ses élèves boliviens.

L’idée d’inviter Jean-Paul Wenzel à son école pour monter une pièce de théâtre est de lui alors qu’il aurait pu lui-même faire la mise en scène. Directeur ouvert et altruiste, il symbolise ce que l’Amérique latine sait faire de mieux : les poètes. Et là, c’est un poète pédagogue humaniste et généreux qui ne se complaisant guère à rester dans la région parisienne, décide de créer cette école qui, aujourd’hui, fait référence dans l’Amérique latine entière et aussi en Europe.

Encore une fois cette pièce parle de la mémoire des hommes oubliés par cette parabole intéressante du soldat amnésique qui ne veut pas se souvenir alors que le journal qu’il a écrit se souvient à sa place. C’est un de ses parents qui lit le récit de ce naufrage militaire. Le jeu des acteurs est très technique,  un castillan limpide, sans vulgarité, une trame qui vous prend le cœur et les tripes. Une scène chorégraphiée à merveille et une musique qui traine pendant tout le spectacle, une note un peu « déjà vu » mais qui fait toujours son effet. Des violons stridents marquent en permanence l’ambiance sonore.

L’écriture théâtrale sud-américaine est toujours emplie d’images, de rêveries, de fantastiques avec des émotions très fortes comme la peur de la mort, la jouissance de l’oubli, la solitude dans la soif.
Qu’on se le dise, c’est du théâtre d’une simplicité et d’une justesse rare avec des comédiens humbles qui, la main sur le cœur, saluent le public. La Bolivie serait-elle le berceau d’un nouveau théâtre sud-américain ? En tout cas loin de la pseudo médiatisation des chiliens qui trouvent qu’insulter Allende c’est faire réfléchir. Ces artistes, eux, jouent le passé oublié tellement oublié que le rêve l’interprète et l’imagination fait le reste.

La Compagnie Amassunu, ses comédiens et leur metteur en scène, donnent vie au passé et au théâtre. On sent derrière leur interprétation toutes les techniques enseignées par Marcos Malavia, une technique brute, sans psychologie accompagnée du corps poétique de chaque acteur. Chapeau et émotion car quand le jeu, la technique se mêlent au corps c’est tout simplement un régal.

Les Égarés du Chaco, d’après La Laguna H3, d’Adolfo Costa du Rels, Mise en scène : Jean-Paul Wenzel, avec la troupe Amassunu : Javier Amblo, Susy Arduz, Mariana Bredow, Andres Escobar, Lorenzo Munoz, Antonio Gonzales et René Sosa. Durée : 1 h 30.

Autres dates européennes :
Du 28 octobre au 1er novembre 2014 : Théâtre Saint-Gervais, Genève (Suisse).
4 et 5 novembre 2014 : ENSATT , Lyon (69).

Isaac Marlow

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La Rédaction

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