Théâtre

Les Bonnes : jeux de rôles mortels au Théâtre de l’Athénée

18 janvier 2012 | PAR Sara Anedda

Une heure et quarante minutes de tension dramatique menée avec maestria, un crescendo dont le spectateur entrevoit l’épilogue tragique, pendant que sur scène ce trio extraordinaire de comédiennes nous dévoile toute la psychologie poétique du texte de Genet.

Inspiré d’un fait divers du 1933, les Bonnes furent créées au Théâtre de l’Athénée en 1947, sous la direction de Louis Jouvet. Elles y retournent aujourd’hui, avec une très belle mise en scène, somptueuse et épurée en même temps, signée Jacques Vincey.

Introduite par un jeune homme nu qui nous dit quelques extraits de Comment jouer Les Bonnes (notice vigoureuse que l’auteur décida d’adjoindre au texte en 1963), la pièce nous catapulte dès les premières répliques dans les fantasmes de Solange et Claire, les deux bonnes de Madame.
Seules sur scène, elles se jouent leur propre comédie de tous les jours ; cette fois-ci Claire est Madame, Solange est Claire. Elles alternent les propos réels aux propos joués, et la langue échevelée, flamboyante de Genet rend leurs échanges extrêmement captivants. Ainsi, elles vomissent la haine envers leur patronne, dont elles méditent le meurtre. On découvre vite que les deux bonnes sont deux sœurs, un rapport particulier les lie donc, dont la subtilité est poussée au-delà du simple partage d’un projet commun, et dont la mise en scène révèle toute l’ambigüité.
Condamnées à une vie de servitude et de misère à laquelle elles tentent de s’échapper à tout prix, elles se précipitent ensemble, à cause de leur fragilité, dans une obsession aliénante et paradoxalement fatale.

L’interprétation de Marilù Marini dans le rôle de Madame est magistrale : un rôle difficile, une personnalité contradictoire qui oscille entre la candeur, l’hystérie et une certaine idiotie, et dont la comédienne arrive à pousser jusqu’aux limites les plis de l’esprit sans rendre pourtant le personnage caricatural.

Seul petit « bémol », selon qui écrit, la présence continue sur scène du jeune homme (initialement nu, après habillé), qui comme une présence étrange, un œil externe, assiste à tout ce qui se passe sur le plateau. Il fume, marche à travers l’imposante scénographie, il intervient parfois – avec son geste discret – dans la déroulement du spectacle …
Il s’agit sans doute d’une présence symbolique dont, en dernière analyse, on n’arrive pas à saisir complètement l’utilité conceptuelle et scénique.

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Sara Anedda

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