Architecture
La France en relief au Grand Palais : voyage en Topographie

La France en relief au Grand Palais : voyage en Topographie

18 janvier 2012 | PAR Olivier Handelsman

« Ville assiégée par Vauban, ville prise.
Ville fortifiée par Vauban, ville imprenable. »

Ainsi louait-on la stratégie de Sébastien Le Prestre, marquis de Vauban, l’homme le plus ingénieux du XVIIème siècle. En coopération avec Louvois, ministre de la guerre de Louis XIV et inventeur des maquettes topographiques appelées plans-reliefs, il a révolutionné l’approche française de l’architecture, de la tactique, de la stratégie et de la défense nationale. Le Grand Palais vous offre une chance de vous racheter si les mots « poliorcétique », « courtine » et « redoute » vous arrachent un « A vos souhaits » franc et sincère, en présentant du 18 janvier au 17 février, sous sa nef, de nombreux plans-reliefs des Alpes, de l’Est et du Nord-Ouest de la France, créés entre 1668 et 1870, agencés et présentés avec soin avec des cartes et des traités d’époque.

Le Grand Palais en impose. Il est d’autant plus impressionnant lorsque l’on connaît les trésors qu’il recèle en ce moment. Dès l’entrée dans la nef, l’on est est accueilli par une immense carte de l’État-major au 1:40.000 au sol, quadrillée et colorisée, datant du XIVème siècle. Une première occasion de voir que notre pays à changé : les plus habiles repèreront une différence dans les frontières des villes entre nos époques. Par ailleurs, la France n’a pas toujours été un hexagone : le terme lui-même date de la défaite de 1962 en Algérie, et la France a possédé de nombreux autres territoires européens, frontaliers ou non, et certaines régions actuelles n’ont pas toujours été françaises.

 

De quoi est donc constitué le corps de cette exposition ? Elle est tellement vaste et passionnante que, au choix entre se perdre dans les détails et survoler superbement le sujet, nous préférons un compte-rendu présentant ces deux défauts. De grands pavillons aux murs décorés de cartes et autres traités (militaires ou scientifiques), séparés géographiquement : dans l’aile Sud, le Nord-Ouest ; dans l’aile Ouest, l’Est de la France, et dans l’aile Nord, les Alpes. Ces pavillons  abritent les vieux plans-reliefs encagés dans leur protection transparente, reflétés par des miroirs inclinés en devers. Des maquettes immenses, les plus belles villes et places-fortes de Vauban mais pas seulement. Une constance indéfectible des modèles de ville fortifiée : en étoile, sauf si le relief est suffisant à la défense de la cité. Selon les panneaux affichés sur place, « La collection des plans-reliefs a été créée en 1668 par Louvois, ministre de la guerre, pour offrir à Louis XIV une vision globale des défenses du royaume. » Les plans-reliefs de Louvois, ainsi que ceux fabriqués après Louis XIV, sont conservés aux Invalides, et ne sont que très rarement visibles au vu de leur grand âge et de la difficulté de les exposer.

Vauban donc. Mais il ne s’agit pas de rendre un hommage exclusif au Français : la ville fortifiée de Berg-Op-Zoom, Brabant-septentrional, qui fut néerlandaise, puis française jusqu’en 1814,  est bien présente, alors qu’elle fut conçue par l’architecte flamand d’origine suédoise Menno Van Coehoorn. Ce dernier était le plus farouche rival de Vauban, aussi bien offensivement que défensivement : en témoigne la structure de Bergen op Zoom, faite pour pouvoir inonder entièrement son pourtour en moins de trois jours (une technique inspirée des polders qui n’avaient qu’un rôle à sens unique) en cas de siège. Cette résistance trop habile énerva le futur maréchal de France Lowendal en 1747, qui commit des massacres ayant choqué l’opinion publique européenne sous Louis XV.

Pour en revenir à Vauban, celui-ci a longtemps été un expert en stratégie, mais ce n’est que tard que sa célèbre « ceinture de fer », sur le Nord-Est de la France, a germé dans son esprit incommensurablement en avance sur son temps. Son histoire se confond avec celle de Neuf-Brisach, ville nouvelle que Louis XIV lui fit bâtir après la reddition de Brisach aux Allemands, ou de Strasbourg, la très belle ville fortifiée aussi riche que bien reliée au reste du pays, et au Luxembourg. Cette ville rattachée aux Pays-Bas espagnols fut au centre d’une controverse lorsqu’en 1684, Louis XIV la fit conquérir à Vauban. Le Luxembourg, fortifié et judicieusement juché sur les collines entre lesquelles serpentent trois méandres de l’Alzette, était cru imprenable jusqu’à ce que Vauban en vienne à bout en cinq semaines. Mais ceci se fit à un prix qui émouvra le reste de l’Europe et débouchera sur la création de la ligue d’Augsbourg, menant la quasi-totalité de l’Europe à la guerre contre la France, qui devra restituer Luxembourg à son propriétaire légitime (avant de le reconquérir à la Révolution et de le reperdre, lui aussi, en 1814).

Toujours selon cette exposition, « Les ingénieurs militaires avaient toutes les peines à représenter les places fortes de montagne, d’où l’intérêt des plans-reliefs. », c’est donc dans les Alpes que nous mène cette exposition. Les frontières ayant toujours été difficiles à établir entre deux territoires, l’on voit une véritable innovation dans le traité d’Utrecht de 1713, ratifiant des lignes de crête alpines comme limites du Dauphiné et du duché de Savoie/Piémont-Sicile. Innovation que n’a pas connue Vauban (1633-1707), qui eut la difficile charge de protéger des villes très vulnérables telles que Grenoble et Besançon. L’ingéniosité de Vauban parvint pourtant à faire de Grenoble, sur la rive gauche de l’Isère, une ville à l’abri des envahisseurs, sans se commettre dans une relocalisation des bâtiments à flanc de montagne. Sur la maquette est visible le grand fort de Grenoble nommé la Bastille, qui doit son aspect actuel aux Savoyards (Italiens) ayant contrôlé la ville sous Napoléon, et les couleurs authentiques y sont dues à l’usage d’échantillons de terre prélevés sur place.

Citons également Montmélian, place forte de Savoie: une oppidum alpine prise et reprise par Louis XIV, qui l’a faite raser de peur de la reperdre et de devoir la reprendre, pourvue d’escaliers et passages couverts (courtines) pour circuler d’un fort montagnard à l’autre, car c’est un réseau complet qui protégeait le fort. C’est véritablement dans un relief aussi difficile que celui-ci que les murailles de Vauban semblent impressionnantes, avec leurs angles aigus et leurs plusieurs couches de renforts, signes de remaniements successifs depuis le Moyen-Âge. La ville de Briançon, que selon l’exposition rien ne prédestinait au succès à cause de sa pauvreté extrême (les habitants s’y prêtaient leurs femmes pour labourer, faute de vaches), de ses températures indigentes (information au demeurant étonnante, lorsque l’on en connaît les trois cents jours d’ensoleillement par an), de ses bois de conifères résineux difficiles à utiliser et de ses vallées impraticables, a elle aussi reçu une bénédiction architecturale. Trois puissants forts surmontent et entourent la ville après son passage.

Mais le succès n’a pas toujours été au rendez-vous pour Vauban dans les Alpes: le plan-relief de Mont-Dauphin (nommé ainsi en l’honneur du fils aîné de Louis XIV) fut fait comme base du projet et non a posteriori. Les températures y étaient trop difficiles et les gens n’affluèrent pas (contrairement à ce que pensait Vauban) vers la ville nouvelle, qui ne dépassa jamais les quatre cents habitants. Tous les projets ne peuvent pas être couronnés de succès, et certains sont même particulièrement douloureux, comme celui de Besançon: « Les travaux de la citadelle furent si coûteux que le roi demanda à Vauban s’il la construisait en pierre ou en or ». La ville, propriété de l’Espagne et au centre de la future Franche-Comté, était bien défendue, mais pas assez pour Vauban, qui la conquit et en fit une place forte exceptionnelle, en faisant usage d’un méandre du Doubs pour protéger l’essentiel de la ville, et en faisant bâtir autour d’elle un réseau de forts fonctionnels et organisés.

Autant de manières de définir une frontière pour nos architectes : la plaine, la montagne, que manque-t-il ? Rien de plus facile que de déterminer une frontière lorsque l’on est au bord de l’eau, et notre grande mer n’échappe pas à cette exposition. La ville de Cherbourg, située au croisement entre Manche et Atlantique, entre Angleterre et France, possède également sa maquette, car elle contient le Port-Bonaparte, situé au bout de la presqu’île du Cotentin. On apprécie la disposition des fortifications autour du port, mais les réjouissances sont de courte durée : le plan-relief suivant est celui de Brest. Un Brest florissant, le plus grand port militaire de l’Atlantique, imprenable par la mer, et pourvu lui aussi d’un réseau de forts réduisant la possibilité de canonnades meurtrières venues de la terre. Mais le film tournant en boucle sur l’écran surmontant la maquette nous rappelle que c’est de l’air qu’est venue la destruction : 40% de la ville ont été détruits pendant la Seconde Guerre Mondiale, et la moitié des quartiers restants a été gravement endommagée. Le comparatif, avec des photos post-1945, est choquant.

C’est ainsi que « La France en relief » nous rappelle notre Histoire et notre géographie, pédagogiquement, en nous amusant ou avec plus de gravité, qui rappellera des souvenirs de sorties scolaires à certains. D’ailleurs, les enfants y sont les bienvenus : l’on peut s’y prendre en photo-souvenir au milieu d’un plan-relief par un montage dans un pavillon prévu à cet effet, les panneaux portent des dessins humoristiques caricaturant une situation vécue par les contemporains des plans-reliefs, et deux stands employant la technologie Google Liquid Galaxy y sont libres d’utilisation, pour explorer les plans-reliefs recréés en 3D sur des cartes de Google Earth, avec un dispositif des plus immersifs (une tablette tactile, un Joystick, et cinq écrans verticaux entourent le spectateur). Vous aurez par exemple l’occasion de constater que le mont Saint-Michel était très différent au XVIIIème siècle de ce à quoi il ressemble aujourd’hui, car des plans-reliefs parmi ceux qui ne sont pas présentés physiquement y ont été numérisés, et ils sont téléchargeables sur le site web de l’exposition, vous pouvez donc les ouvrir vous-même avec votre logiciel Google Earth.

Une après-midi ne sera pas de trop pour visiter cette titanesque exposition, à voir et à revoir pour les passionnés.

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Olivier Handelsman
Olivier Handelsman est étudiant en master de management à Grenoble École de Management, et étudie en échange à la Simon Fraser University de Vancouver (Colombie-Britannique, Canada) au second semestre 2013-2014. Licencié de Sciences Économiques à l'université Paris I Panthéon-Sorbonne, Olivier est intéressé par la micro-économie, l'entrepreneuriat, le management stratégique, de l'innovation, de la musique, des systèmes d'information et des nouvelles technologies. Olivier Handelsman a été scénariste de courts et longs-métrages en machinima (images de synthèse issues de jeux vidéo), et a une expérience professionnelle de pigiste dans différents médias tels que le journal Le Point (hors-série Références), PC Jeux et Millenium Source, ainsi que d'auditeur de service client, de programmeur Visual Basic et de démonstrateur produit.

3 thoughts on “La France en relief au Grand Palais : voyage en Topographie”

Commentaire(s)

  • لأميرة للاسكينة المغربية تريد الزواج من ولي العهد ويليام الإنجليزي وهو معها في المرحاض دائما أنصفوني أرجوكم من ظلم المغاربة والإنجلي

    mars 9, 2013 at 22 h 04 min

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