Théâtre

Le théâtre merveilleux et nostalgique de Thom Luz

Le théâtre merveilleux et nostalgique de Thom Luz

25 mai 2017 | PAR Nicolas Chaplain

Traurige Zauberer (magiciens tristes) écrit et mis en scène par Thom Luz est présenté à Berlin dans le cadre du festival Theatertreffen. Cette pièce, créée au théâtre de Mayence, constitue un hommage nostalgique et vibrant aux artistes de music-hall, de cabaret ou de cirque, aux magiciens et aux créateurs d’illusion.

Nous avions découvert le travail singulier, musical et poétique de Thom Luz à Nanterre-Amandiers en 2016 avec When I Die et Unusual Weather Phenomena Project puis apprécié le charme, la fantaisie et la profondeur des productions LSD – Mein Sorgenkind et Der Mensch erscheint im Holozän vues à Berlin.

Dans Traurige Zauberer, les spectateurs sont assis dans des gradins installés au fond du plateau et face à la salle dont les rangées de fauteuils au parterre et au balcon sont vides. Quelques pianos et miroirs sont disposés sur les côtés de la scène. Un pianiste entre et interprète quelques mesures de La Cathédrale engloutie de Debussy qui invitent à la contemplation et au rêve.

La pièce célèbre la forme même du théâtre, son histoire, sa machinerie et ses artisans. Les rideaux s’ouvrent, tombent des cintres. On trie des costumes de scène, on sort des tambours sur des chariots… Une grande gaieté et une certaine nostalgie se côtoient subtilement. Les artistes ressuscitent des numéros cocasses, chantent et dansent. Une guide raconte l`histoire du théâtre à un groupe de visiteurs imaginaires. Posez toutes vos questions au grand Nicola sur l’avenir et il vous répondra. Deux prestidigitateurs tentent de faire voler ou disparaître leurs assistantes.

La musique a toujours chez Thom Luz un rôle essentiel. Ici, ce sont des mélodies de Bach et les compositions iconoclastes, avant-gardistes et empruntes d’airs populaires de Charles Ives, compositeur américain du début du XXe siècle qui structurent le spectacle. La lenteur, la répétition sont des procédés chers au metteur en scène suisse. Trois magnétophones diffusent en alternance et pendant la totalité de la représentation des enregistrements d’applaudissements, de soupirs d’étonnements et enfin des éclats de rires. Une chanson (J’attendrai de Dino Olivieri, dont on connaît tous l’interprétation de Dalida) revient comme un leitmotiv mélancolique. Les artistes se préparent dans leurs loges. Solitaires, ils se concentrent et se confrontent à leur propre reflet dans le miroir. « Encore cinq minutes » leur dit-on.

Avec une simplicité de moyens, Thom Luz fait naître des instants beaux et délicats comme lorsque les acteurs, debout dans l’espace sombre et embrumé, miment avec des onomatopées les tirs, sifflets et explosions d’un feu d’artifice. Il faut suivre le travail stimulant et personnel de ce jeune artiste, poète et magicien.

Au Haus der Berliner Festspiele, dans le cadre des Theatertreffen, le 18 mai 2017. © Andreas Etter

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