Théâtre
Rêverie mélancolique et musicale d’après Max Frisch

Rêverie mélancolique et musicale d’après Max Frisch

10 octobre 2016 | PAR Nicolas Chaplain

En juin dernier, dans le cadre des Autorentheatertage Berlin, Thom Luz avait présenté au Deutsches Theater LSD – Mein Sorgenkind, une proposition originale, insolite et poétique créée à Bâle en 2015. Cette année, il met en scène Der Mensch errscheint im Holozän d’après le roman de Max Frisch. Le jeune metteur en scène suisse signe un spectacle très beau visuellement, onirique et crépusculaire sur la solitude et la désolation.

La fable de Max Frisch met en scène un homme âgé, M.Geiser, qui a fui Bâle et ses proches pour s’isoler dans un petit village du Tessin. C’est dans cette région alpine de Suisse qu’il vit seul, reclus loin des siens. Son asile est représenté par un haut praticable difficilement accessible par un escalier pentu et quelques murs de papier ouverts au vent et à la brume blanche qui inonde la scène.

Un groupe de figurants jouent les touristes attirés par les montagnes, les vallées étroites et sauvages de la région. Une guide les mène à travers le théâtre, dans les coulisses, leur transmet rigoureusement au micro les descriptions des paysages multiples, paisibles et pourtant menaçants qui s’offrent à eux. M.Geiser, assis dans la pénombre dos aux spectateurs, les observe, tente de les interrompre, en vain.

Ulrich Matthes incarne avec gravité le trouble intérieur du personnage dont la perte progressive de la mémoire l’affecte, l’angoisse. L’homme lutte en collectant des extraits d’une encyclopédie et de la Bible, il accumule des citations qu’il colle sur les murs de sa maison.

Mais à mesure que M.Geiser perd ses souvenirs, une tempête menace la vallée. Un brouillard plus épais envahit le plateau et obscurcit l’atmosphère transformant le lieu en un espace mental trouble. Tout devient plus incertain, opaque. Le décor se met à tourner sur lui-même. Une faible ampoule tombe des cintres et éclaire fébrilement la contrée. M.Geiser disparaît lentement derrière plusieurs voiles qui tombent un à un tels les strates de la mémoire et se superposent entre le décor et le public saisi par le manque de visibilité, le flou, le chaos.

L’univers de Thom Luz se caractérise par la forte présence de la musique, toujours délicate et jouée en direct par les acteurs, comme dans When I die et Unusual weather phenomena project, découverts à Vidy-Lausanne et Nanterre-Amandiers. Der Mensch errscheint im Holozän est peut-être un peu trop narratif, moins insolite et surprenant que les précédentes propositions de l’artiste mais elle aborde les notions existentialistes – la vieillesse, la mort, la nature contre laquelle rien ne peut lutter, pas même la connaissance – avec la grâce, la subtilité, l’élégance, la douce mélancolie et la profondeur qu’on aime chez cet artiste.

Au Deutsches Theater de Berlin, le 7 octobre 2016. © Arno Declair

« Les Damnés  » de Van Hove, électrochoc incandescent
Maris et Femmes au Théâtre de Paris
Nicolas Chaplain

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *