Théâtre

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Le Soleil d’Olivier Py inonde L’Odéon

09 mars 2012 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Voilà, c’est fini. Olivier Py quitte ce mois-ci le théâtre de l’Odéon à qui il aura donné une raison d’être à son label européen. Des Illusions comiques en 2007 à Die Sonne [Le Soleil] aujourd’hui il n’aura cessé d’interroger les tensions insolubles résidant dans l’existence humaine. Avant de partir, Py en appelle aux Dieux grecs, au Christ, aux décors du fidèle Pierre-André Weitz et aux comédiens de la Volksbüne avec qui il a créé le spectacle à Berlin en 2010, pour offrir au 67 Rue Monsieur le Prince Die Sonne [Le Soleil ] son meilleur spectacle et sa plus belle mise en scène, en V.O forcement.

Entrons dans « la valse noire des artisans du théâtre hantés par leur art ». Ils sont comédiens et préparent un spectacle sous la direction de Joseph. Ils sont une famille. Senta au prénom wagnérien est la femme du metteur en scène, elle porte son enfant, la grande Ilse Ritter est Elana, la maman de Joseph. Autour, il y a Matthias (Ingo Raabe), Charlie (Uli Kirsch), le directeur du théâtre (Uwe Preuss). Première scène, un homme dort dans un lit. Anodin ? Pas vraiment. Ce n’est pas son lit et le garçon est Axel (Sébastian König). Il est enivrant, sexy, hypnotique, personne ne lui résiste.

Capable du pire, il arrache un bout d’oreille au directeur du théâtre, dilapide l’argent du spectacle, baise une clocharde. Il est omnipotent, il est le Soleil. Face à lui, Joseph incarne la rigueur. Il raisonne, il répare alors que tout semble se jeter dans un tohu-bohu biblique : le décor tourne, laisse apparaitre un pianiste (Mathieu El Fassi), un cheval, des costumes… Matthias, acteur, séduit par Axel, se scarifie. Charly, acteur, séduit par Axel, se travestit…Les comédiens envahissent tout l’espace dans une scénographie aux accents de l’Enfer de Dante. Ils sont tous flamboyants, à l’image des costumes pailletés qui éblouissent au sens premier. Bientôt, dans la veine des cabarets berlinois d’avant-guerre, Ilse Ritter chantera. On frissonnera.

Nombreuses sont les allégories dans cette pièce. Joseph est l’Allemagne, pays souffrant. Les références au nazisme sont là, l’héritage est de l’ordre du fardeau. Pour lui le théâtre est un remède à la barbarie. Axel, à moitié juif, est la Méditerranée, berceau des civilisations. Dyonisiaque il ne veut pas tout mesurer « avec l’étalon de la souffrance ». Pour lui le théâtre ne «sert» pas, il «veut». Sur une tournette de 14 mètres de diamètre il est circulaire comme son prénom.

Le spectacle se divise en saisons dans un éternel recommencement : du printemps au printemps, la roue tourne, bientôt, Axel sombrera, Joseph renaitra. La relation entre les deux hommes est une allégorie de notre condition humaine tiraillée entre le bien et le mal, entre la mort et la vie. La mort est d’ailleurs le fil du spectacle, le texte vient dire souvent que le théâtre ressuscite les disparus, c’est même la définition des saluts. Ici, la mort est double : celle du père de Joseph dont l’héritage réside en une paire de chaussures et celle de son enfant dont Axel déterrera le cadavre.

Olivier Py, dans un verbe fulgurant vient interroger le fait d’être au monde. Comme pour Prométhée Enchainé, ce qui compte, c’est la parole, peut-être plus que les actes… A un moment de la pièce, Axel la perd et il montre l’ouest, lourd symbole pour cette troupe de Berlin-ex-Est. L’avenir, le progrès, l’occident et encore…mais comment avancer quand les lacets sont défaits ? Il faut renouer pour mieux dénouer, tourner sans être en boucle. Ne jamais cesser d’interroger ce que « veut le théâtre».

The Show must go on, toujours, sur le plateau : il y a ceux qui sont passés avant et ceux qui passeront après. Ce Soleil est tout : brillant et brûlant. Il est sûr qu’il accompagnera et rayonnera de sa force estivale sur le futur travail d’Olivier Py. Vivement Avignon.

Photo © Thomas Aurin (888.8 Ko)

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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