Théâtre
Le paradis pharmaceutique de Marthaler à Nanterre

Le paradis pharmaceutique de Marthaler à Nanterre

07 octobre 2021 | PAR Amelie Blaustein Niddam

C’est dans son théâtre éphémère magnifiquement aménagé que Nanterre a accueilli la première Française du nouveau Marthaler, Das Weinen (Das Wähnen), que l’on peut traduire en français par Les pleurs (imagine ça), une pièce surréaliste et mélancolique, du Marthaler quoi !

La pièce créée en mars 2020 à la Schauspielhaus, est présentée cette saison dans la programmation du Festival d’Automne, résume son étrangeté dans son titre qui est en fait celui d’un livre de Dieter Roth. Deux locutions qui sonnent pareil et qui ne disent pas la même chose. C’est cela qu’il se passe, une étrangeté, un ailleurs. Comme toujours chez Christoph Marthaler la recette est la même, que ce soit dans Bekannte Gefühle, gemischte Gesichter, Das Weisse vom Ei, King Size ou encore très récemment dans Aucune idée, des personnages sont comme sortis d’eux-mêmes, pris au piège d’un élément extérieur qui leur fait faire des choses absurdes volontiers décalées par une dose de musique classique.

Avec Das Weinen (Das Wähnen) cette idée de corps occupés par d’autres, de corps portant des petites voix et des grandes questions est poussée à son paroxysme. Car le décor de la scénographe Duri Bischoff est une pharmacie qui est en fait une allégorie du paradis. C’est vrai ça, que font les anges en théorie si ce n’est soigner les humains ?  Ces anges-là sont légèrement obsessionnels, elles donnent du rythme à leurs stylos et à leurs lunettes. 

Chez Marthaler toujours les détails sont soignés et porteurs d’humour. Vous ne résisterez pas au pas de deux brûlant et passionné entre une balance et une fontaine à eau ! Surréaliste oui !

Les comédiennes (Liliana Benini, Magne Håvard Brekke, Olivia Grigolli, Elisa Plüss et Susanne-Marie Wrage) et le comédien (Nikola Weisse) sont éblouissants d’ironie et de talent. Elles sont des infirmières et lui un patient étrange, elles en blanc, lui en costume pied-de-poule. Et s’il était l’élu ? Et si en fait il ne pesait rien? C’est quoi tient le poids d’une âme ? 0 vraiment ? Triste non ?

Triste oui. Chez Marthaler on rit de ce que l’on ne comprend pas. Et il assume, on entend les acteurs dire « On ne pige vraiment rien! » dans une tentative (pas toujours réussie) de décaler encore plus, de faire spectacle dans le spectacle. Et le fait de rire de ce que l’on ne comprend pas nous place dans une étrange mélancolie. On sort bizarre d’un Marthaler, toujours, et cette pièce ne fait pas défaut.

La beauté arrive au kilos dans ce spectacle qui s’amuse de la fragilité des vivants ( cette idée de lire les effets secondaires cataclysmiques d’un médicament comme un discours vaut de l’or !), et on retiendra cette définition de la beauté très juste : « La mise en garde de l’hypersensibilité ». 

Hypersensibilité se sont aussi les larmes qui donnent leur nom au spectacle. Il n’est pas question pour le metteur en scène de faire entendre le texte, mais de le ressentir. Les larmes, elles nous arrivent toutes par la musique. Les filles chantent « Lacrimosa » de Mozart  comme si elles étaient les actrices d’une comédie musicale. Et l’une d’elles offre un karaoké sans paroles sur « Crying in the rain » de a-ha. Voilà c’est ça, un espace entre Mozart et a-ha, entre le classique et la pop, et entre la vie et la mort, toujours !

 

Du 6 au 10 octobre au théâtre Nanterre-Amandiers, centre dramatique national. 

Visuel : Das Weinen, Das Wähnen, Schauspielhaus Zurich © Gina Folly

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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