Théâtre
Le Grand Cerf Bleu est exceptionnel à Théâtre Ouvert

Le Grand Cerf Bleu est exceptionnel à Théâtre Ouvert

09 février 2022 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Le Grand Cerf Bleu aime les forêts modernes pour se déployer. C’est donc naturellement que ce collectif que nous aimons tant se retrouve à Théâtre Ouvert pour montrer enfin au public parisien ses Brefs entretiens avec des femmes exceptionnelles.

Une création de pandémie

Souvenez-vous. En juin 2020, nous assistions, privilégiés, à une première mise en espace du texte de l’auteur catalan Joan Yago.  Il s’agit d’une commande et cela est très nouveau pour cette troupe qui généralement écrit au plateau. On se souvient de  leur Mouette, Non ce n’est pas ça, truculente et excessive qui est restée gravée dans nos mémoires, ou plus récemment Partez devant, leur histoire d’amour en mode Rohmer, quelques jours au Off d’Avignon, joué dans et avec le public. La création de Brefs entretiens avec des femmes exceptionnelles devait avoir lieu en septembre 2020 à Rome en clôture du projet européen Fabulamundi-Playwriting Europe. Finalement c’est au Festival La Mousson d’été en août 2020 que la première a pu se faire. Et nous voici donc, en février 2022 pour les dates parisiennes, à Théâtre Ouvert qui entre les répétions et la première a eu le temps de déménager au 159 de l’avenue Gambetta.

« Je ne me gratte presque plus »

Cette phrase, c’est Glenna Pfender qui la prononce lors d’un talk show sur ses problèmes de peau très particuliers (vous verrez!). Mais cette phrase résume bien l’esprit de la pièce. Contrairement à leurs travaux précédent, où les comedien.ne.s jouaient ensemble, en écho, ici, le format est plus classique.

Le spectacle se joue face public, même si Jean-Baptiste Tur dirige les interviews quelques fois en direct du premier rang. Cela permet de voir les unicités de chacun et chacune se déployer plus spécifiquement.

Ce sont cinq entretiens, et la plupart sont des seuls en scène. Enfin, des seuls en scène guidés par les questions de l’interviewer. Étonnamment sa présence augmente l’accès aux spectateurs et aux spectatrices, c’est comme si chaque intervention nous parvenait directement, comme si chacun.e ne s’adressait qu’à nous. La pièce, dirigée par Gabriel Tur, est donc pensée comme une émission de télé. Il y a un générique où Pierre Martin, qui travaille souvent avec Julien Gosselin, s’est amusé à rendre vivante la typographie. La musique électronique d’Etienne Jaumet (Zombie Zombie), jouée live ajoute au côté « vrai » de l’affaire. 

Théâtre-réalité

La lumière léchée de Kelig Le Bars vient décaler l’éclairage des plateaux télé. Il y a presque des projecteurs symbolisés par des panneaux à la lumière blanche. Il y a surtout des écritures lumières (et typographiques) pour chaque intervention. Quand ça commence, Natalia Yaroslavna, « mannequin, écrivaine et voyageuse astrale, âge inconnu », la Barbie humaine, arrive dans un clair-obscur doré et noir. C’est Laureline Le Bris-Cep qui campe la bombe blonde en robe lamée. Elle défend l’idée que la perfection est un but naturel. Susan Rankin (Anna Bourguereau) représentante du comté de Clark à l’Assemblée du Nevada, 29 ans, en robe rouge, affirme que le port d’armes c’est la liberté. Roberta Flax (Juliette Prier), designeuse industrielle, 27 ans, en tailleur vert, défend l’idée d’un transhumanisme 100 % virtuel. Rose Mary Powell (Etienne Jaumet) est une écolière, 6 ans, qui fait un peu plus que son âge. Elle questionne la trans-identité.  Glenna Pfender, fermière et horticultrice, 32 ans, Jacky Pfender, fermière et horticultrice, 26 ans, Nancy Sayderman, médecin-conseil, 30 ans, discutent de façon énervée sur le bien et le mal en matière de santé.

Chaque entretien trouble car il semble très vrai. Et pour cause, à part Roberta Flax, tous existent. Il y a donc vraiment quelqu’un qui pense qu’il faut « créer une interface cerveau-machine permettant à un cerveau humain de contrôler un avatar comme il contrôle un corps, à la différence près que le cerveau ne sera pas forcément placé dans l’avatar ». A l’heure du Métavers où les échanges financiers sont bien réels, on a la sensation d’y être déjà !

C’est cela qui marche particulièrement bien dans cette pièce où tout est sur le fil, tout est juste et bien cadré. Pour la première fois, on ne rit pas devant une pièce du Grand Cerf, où alors, on grince, on rit jaune face à des pensées qui nous dépassent et nous séduisent parfois en même temps.  

Le texte de la pièce est édité dans la collection Les tapuscrits de Théâtre Ouvert en bilingue français-catalan. 

Lundi, mardi, mercredi à 19h30. Jeudi, vendredi et samedi à 20H30, à partir de 14 ans. Théâtre Ouvert, 159 avenue Gambetta, Metro Pelleport.

Visuel : ©Christophe Raynaud de Lage 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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