Théâtre

Le Ciel est pour tous selon Catherine Anne

19 janvier 2010 | PAR Christophe Candoni

Dans sa dernière pièce, Le Ciel est pour tous, Catherine Anne s’interroge sans tabous sur des thèmes en prise avec l’actualité, des questions autour de la tolérance et la laïcité à travers la chronique quotidienne d’une famille laïque rattrapée soudainement par la religion qui se heurte à la difficulté de parler et qui se déchire en cherchant un sens à son existence. Elle met en scène elle-même son texte au Théâtre de l’Est Parisien.


cielL’histoire commence au moment où le père d’Hélène (Fabienne Lucchetti) meurt. Celle-ci ne croit pas en Dieu mais veut organiser une cérémonie religieuse à l’église et rencontre un curé (Thierry Belnet) alors que l’aïeul était athée. Elle a besoin de cette cérémonie pour réunir ses proches si lointains mais cet évènement va devenir l’élément déclencheur du délitement progressif des membres de la famille. Tous sont ballottés entre la laïcité et la religion, chacun dans des courants différents. Le père (Azize Kabouche un peu trop en retrait) est d’origine musulmane, le fils (Denis Ardant) formule le souhait de se faire baptiser et entre dans un groupe ultra-catholique qui s’exprime par la violence et l’agression de sa propre sœur. Celle-ci (Marianne Teton un peu trop exaltée) travaille à la publication d’un livre sur l’affaire Calas relatée par Voltaire dans le « Traité sur la tolérance » qui voit l’exécution de Jean Calas, protestant, suspecté d’avoir assassiné son fils converti au catholicisme.

Catherine Anne propose une vision juste de l’éclatement de la famille, de l’incommunicabilité et des frontières qui existent entre les personnages alors qu’ils vivent ensemble. Le texte est foisonnant, riche en interrogation mais trop bavard. L’auteure brasse un nombre infini de sujets et parfois au moyen de raccourcis curieux. On comprend qu’elle soit motivée par de bons sentiments mais certains épisodes de la pièce sont à peine crédibles : on se questionne sur la possibilité de l’invasion d’un catholicisme fanatique dans la société d’aujourd’hui. De plus, la pièce pêche par sa longueur.

Tous les personnages ne sont pas aboutis et manquent parfois d’épaisseur, en revanche, on suit avec intérêt la relation difficile et frappante d’Hélène avec sa sœur Barbara jouée par Stéphanie Rongeot, très engagée sur le plateau et volontariste. De même, on apprécie Denis Ardant, très bon dans le rôle du fils tiraillé. Mais on n’est que trop peu ému par le jeu des acteurs qui manque d’intensité et de précision.

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Raymond Sarti imagine un espace écarté de tout réalisme et réalise une scénographie constituée de grandes bandes en tissus à la largeur variable, des pans de ciel qui tombent au sol au fur et à mesure de l’avancement de la pièce. La scène progresse dans le dépouillement en s’ouvrant au vide, comme les langues se délient et les êtres se révèlent. C’est un procédé qui évacue vite l’écueil des changements de décors pour passer d’un lieu à l’autre.

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La fin de la pièce bascule dans la tragédie : le fils se pend et son père est arrêté par la police comme suspect du meurtre. Le destin du père Calas rejoint celui d’Abdel. Presque trois siècles les séparent mais l’histoire bégaie fatalement. Selim, le fils, en perte de repères court et tourne en rond dans un fol égarement autour de la piste circulaire du plateau, cette image saisissante montre comment on ne peut empêcher les évènements de se répéter.

Le Ciel est pour tous, jusqu’au 19 février 2010, au Théâtre de l’Est Parisien, 159 avenue Gambetta, 20 arr. M° Gambetta. 01 43 64 80 80. www.theatre-estparisien.net

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

4 thoughts on “Le Ciel est pour tous selon Catherine Anne”

Commentaire(s)

  • Merci pour l’explication de la fin…je devais dormir, je n’avais pas compris!

    janvier 19, 2010 at 19 h 42 min
  • flyfe

    il faut manquer de culture pour ne pas comprendre la référence historique de la fin…

    janvier 20, 2010 at 15 h 31 min
  • DECQ

    BRAVO : un texte de foi qui véhicule des idées fortes :

    – Dieu est une invention des hommes, invention qui, dans toutes les religions, fait de la femme l’inférieure du mâle !

    – Dieu est un concept qu’il faut combattre dans la mesure où il est une source de haine entre les hommes, où il va à l’encontre de l’humanisme, de l’égalité, de la fraternité humaines.

    – Dieu est un pis-aller face à la « peur de la mort » : il isole dans l’égoisme d’une relation « privilégiée » individu-divinité, faussement regroupée en assemblées. L’église ? La mosquée ? Le temple bouddhique ?… rassemblements d’égoismes qui marmonnent des prières purement individualistes !

    mars 7, 2010 at 10 h 51 min

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