Théâtre
Elles vivent : La start up nation luxuriante d’Antoine Defoort au Centquatre

Elles vivent : La start up nation luxuriante d’Antoine Defoort au Centquatre

19 janvier 2022 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Dans la forêt profonde, on entend non pas le hiboux mais le nouveau délire de l’Amicale de Production, sous la houlette de l’un de ses membres, Antoine Defoort. Cette fois-ci, il questionne à coup de novlangue très actuelle la consistance d’une idée. Hilarant et intelligent… « en même temps » !

Antoine Defoort pose des questions de philosophie et y répond avec une fausse désinvolture. C’est sa marque de fabrique. Nous l’avions découvert lors de la représentation de Germinal où, avec ses acolytes Arnaud Boulogne, Ondine Cloez et Halory Goerger, il mettait en scène une création du monde dans une version délicieusement décalée. En 2015, il questionnait dans Un faible degré d’originalité, l’essence d’une création artistique via le droit d’auteur. Pour Elles vivent, on retrouve le même procédé d’étonnement appliqué à l’idée même … d’idée !

Ce spectacle, qui au départ s’appelait Feu de tout bois !, est une production de l’Amicale, coopérative artistique où le succès des uns soignent les échecs des autres. Dans nos pages, nous vous avons régulièrement parlé des performances de l’Amicale. De la Sexualité des Orchidées c’est elle par exemple.

Nous voici donc dans une forêt feuillue. Tout est faux : les feuilles mortes, les arbres, les rondins sur lesquels ils vont s’asseoir. 100% pas naturel ! Sofia Teillet, Alexandre Le Nours, Antoine Defoort et Arnaud Boulogne vont évoluer dans cet eco-système où tout suscite le rire. Après un préambule offert par Sofia Teillet en tant que « Médiatrice fictionnelle », qui nous donne des clés de compréhension pour la suite (par exemple la taxinomie des Pokémons !), nous commençons le spectacle par l’explication d’un projet :  le PCM, Plateforme. Contexte. Modalité. Nous rencontrons en petits dessins Rita, Wolfgang et Taylor autour d’une table. Antoine Defoort en animateur de conférence déclenche et commente la vidéo. Il s’agit de penser des façons de débattre ensemble sereinement, avec des modalités définies. De fil en aiguille le PCM devient un parti politique aux portes du pouvoir.

Cette histoire aurait pu suffire à faire une fiction. Mais il n’en est rien. Tout ne sera qu’une mise en scène de souvenirs. En réalité, l’histoire se déroule sur une fausse souche d’arbre, où Taylor raconte à Michel, enfermé dans un Ashram pendant 2 ans, coupé du monde et affamé, tout ce qui s’est passé pendant cette longue période. L’occasion de lui montrer une innovation technologique : le casque à souvenir. 

Ce casque permet de projeter sur un écran un souvenir et d’interagir avec lui, il peut aussi projeter un hologramme. Le quatuor se jette dans cette dystopie qui transforme un parti politique en entreprise zen. Dans un ton de jeu toujours calme, comme si de rien n’était, il échappe de leurs bouches des folies et des blagues toutes plus barrées les unes que les autres. 

On avance alors dans ces « projections » qui ressemblent beaucoup au monde d’aujourd’hui. Nous sommes juste avant des élections par exemple, ce qui est drôle, c’est que la pièce a été écrite avant la Covid et qu’alors, la grande peur se portait sur Trump. Elles vivent rappelle que les idées sont autonomes, qu’elles agissent, peuvent faire peur. La pièce est un manifeste aux allures rigolotes qui sérieusement doit nous alerter sur nos replis sur soi (la pièce commence par l’interview de Taylor qui est « de droite », pour le comprendre), nos frayeurs face aux bêtises abyssales des anti-tout. 

Elles vivent est une farce, un moment de rire libérateur pendant ces temps plus que sombres. Elles vivent est aussi la preuve, une fois de plus, que les questions d’Antoine Defoort sont essentielles et bien plus profondes qu’il veut le faire croire.

Elles vivent. Jusqu’au 27 janvier au Centquatre.  Relâche dimanche et lundi. 19h30, 18h ou 21H selon les jours. Durée 1H30. Informations et réservations ici.

Visuel :©Matthieu Edet

 

 

 

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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