Théâtre
Germinal d’Antoine Defoort et Halory Goerger au Vivat d’Armentières

Germinal d’Antoine Defoort et Halory Goerger au Vivat d’Armentières

01 mai 2013 | PAR Audrey Chaix

Germinal photo Reinout Hiel

Il est toujours difficile de décrire ou d’expliquer le travail d’Antoine Defoort et d’Halory Goerger. C’est toujours un peu barré, avec un humour qui réside dans l’art du décalage et la justesse du regard, une capacité étonnante à interagir avec les objets les plus quotidiens, et une réflexion sous-jacente toujours très fine. Après Cheval, où Defoort dialoguait avec des balles de ping pong, ou &&&&& & &&&, où les deux acolytes faisaient chanter des plantes vertes, Germinal est un autre OVNI sorti tout droit de la galaxie de la compagnie L’Amicale de Production.

Tout d’abord, il est important de noter que le spectacle Germinal n’a rien à voir avec l’œuvre de Zola. Tout commence par un noir qui peine à se faire, les lumières sont capricieuses, et par un profond silence (dommage que le public ait préféré faire un concours de toux plutôt que de tenir ce silence). Jusqu’à ce que l’on découvre quatre individus assis par terre.

Trois garçons, une fille : voici les individus qui composent cette communauté, dans un univers clos qui est celui du plateau. Face au public, ils apprennent à communiquer, d’abord par le truchement de consoles qui projettent leur pensée sur des panneaux en fond de scène, puis petit à petit, la transmission des pensée se modernise, et, étape par étape, la parole, la phonation comme ils disent, finit par arriver. Germinal, finalement, c’est la construction tâtonnante et hésitante d’une société de quatre individus, quatre amis qui ne comprennent pas forcément pourquoi ils sont là, qui ils sont, et ce qui est attendu d’eux – jusqu’à ce que la découverte d’un ordinateur portable, sorte de « mode d’emploi », leur permette de maîtriser leur environnement, et surtout de prendre conscience de la finitude, puis de la fin.

Ce qui enchante dans cette création, c’est le décalage, qui est permanent : décalage dans les dialogues, qui suscitent le rire, décalage entre la simplicité de cette histoire et l’infinie complexité des questions existentielles qui en émanent. Décalage entre les caractères de chacun, entre leurs priorités et leurs buts, sans pour autant que ne se décompose la communauté en construction. Décalage entre l’état brut de cette société primitive, et les références à des éléments extrêmement modernes et high tech de notre époque.

S’il est parfois un peu long (les 1h20 que dure le spectacle pourraient peut-être être réduites à 1), ce joyeux bordel permet à Defoort et à Goerger de faire leurs premiers pas dans un spectacle qui relève d’une trame narrative, ce qui n’était pas le cas de leurs précédentes créations. Du coup, on regrettera une certaine lâcheté de cette narration, qui n’est pas encore complètement maîtrisée – mais les débuts sont prometteurs, et c’est avec plaisir que l’on y retrouve l’univers foutraque et décalé des deux olibrius. Et surtout, cela reste drôle et intelligent. A voir – d’autant plus qu’ils ont été sélectionnés dans le in d’Avignon cet été…

Pour suivre les dates de la tournée : L’Amicale de Production 

 

Photos © Alain Rico et Reinout Hiel

Le Misanthrope de Jean-François Sivadier au Théâtre du Nord
Pour comprendre les contes : une analyse historique et culturelle des Mille et Une Nuits
Audrey Chaix
Professionnelle de la communication, Audrey a fait des études d'anglais et de communication à la Sorbonne et au CELSA avant de partir vivre à Lille. Passionnée par le spectacle vivant, en particulier le théâtre, mais aussi la danse ou l'opéra, elle écume les salles de spectacle de part et d'autre de la frontière franco-belgo-britannique. @audreyvchaix photo : maxime dufour photographies.

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *