Théâtre

La nuit d’Elliot Fall, Revol signe un conte déjanté pour grands enfants

17 décembre 2010 | PAR Christophe Candoni

Dans La Nuit d’Elliot Fall, Jean-Luc Revol (avec sa fidèle équipe d’acteurs dont l’excellent Denis d’Arcangelo) revisite les contes de notre enfance en chansons et avec l’humour acidulé qu’on lui connaît. Comme pour Le Cabaret des hommes perdus, son spectacle se présente sous la forme d’une revue burlesque et décalée. Les acteurs passent d’un rôle à l’autre avec brio. Les paillettes de music-hall côtoient l’obscurité gothique des bas-fonds et des cimetières. Un joyeux cauchemar musical et divertissant.

L’histoire est délicieusement invraisemblable, une bonniche dévouée, au doux nom de Préciosa, part à la recherche d’un jeune homme nommé Elliot Fall, croquemort de profession, le sauveur désigné de la fille de sa patronne, alitée dans un étrange manoir et très malade. Des fleurs lui poussent étrangement sur l’ensemble du corps. Comme dans tous les contes, un baiser d’amour la ferait revenir à la vie. Tous doivent échapper aux sortilèges du méchant Comte Lovejoy. Le ton est ironique et mordant. Sur le chemin de ces aventures, on rencontrera des personnages familiers de notre enfance mais finalement peu fréquentables une fois revus et corrigés par Revol : un petit Chaperon rouge dans un numéro de strip-tease, un grand méchant loup travelo qui tapine sur le trottoir, des petits cochons lubriques et mafieux. La littérature enfantine passe au grill, c’est trash, irrévérencieux et si drôle.

Le texte de Vincent Daenen contient quelques faiblesses et gagnerait à être resserré. Les chansons par contre sont vraiment géniales. Les musiques sont jouées en direct ce qui est assez rare pour le souligner. On est séduit par la simplicité artisanale de la réalisation, par l’inventivité folle du spectacle dans lequel rien n’est jamais prévisible. La troupe est vive et sexy. Flannan Obé (très bien dans le rôle-titre), Sophie Tellier, Olivier Breitman, Christine Bonnard, Simon Bertrand, pour tous les citer, et bien-sûr Denis d’Arcangelo travesti en gouvernante bienveillante ; tous ont pour force de faire les choses sérieusement sans se prendre au sérieux. Ils dansent, chantent, jouent la comédie, réalisent des numéros brillants et des compositions complètement dingues.

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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