Opéra
Yes ! de Maurice Yvain au théâtre de l’usine : Les brigands font le show

Yes ! de Maurice Yvain au théâtre de l’usine : Les brigands font le show

24 août 2022 | PAR Hélène Biard

La compagnie Les brigands a ressorti, sous le parrainage du Palazzetto Bru Zane, une opérette oubliée de Maurice Yvain (1891-1965) : Yes !. La production présentée au festival de Saint-Céré est totalement hilarante et ne manque pas de piquant.

Quand on pense opérette, on pense spontanément musique « sage » et très conventionnelle. Avec Yes ! Maurice Yvain sort des sentiers battus en composant une musique très jazzy qui colle parfaitement à l’intrigue à la fois déjantée et entêtante du chef-d’œuvre d’Yvain dont La compagnie Les brigands s’est emparé avec une certaine gourmandise. La mise en scène montée pour l’occasion par Vladislav Galard et Bogdan Hatisi ne laisse pas indifférent et les artistes se laissent aller à maintes péripéties et répliques facétieuses pour le plus grand bonheur d’un public venu nombreux. L’action de Yes ! se déroule entre Paris, Valparaiso, Londres et Le Touquet et les péripéties s’enchaînent toutes plus drôles les unes que les autres.

Une mise en scène déjantée qui fonctionne très bien

Dès l’entrée dans la salle du théâtre de l’usine, le ton de la soirée et donné : les chanteurs et les instrumentistes s’installent tranquillement sur la scène dans des positions qui suggèrent qu’une fête bien arrosée vient de se terminer dans l’appartement. Galard et Hatisi joue à fond la carte de l’humour tant dans les postures des personnages au réveil que dans les costumes (celui de Clémentine au premier acte est assez caricatural pour un instant de franche rigolade). Ainsi, chacun des artistes présents sur la scène du théâtre de l’usine joue la comédie avec un plaisir gourmand. Les costumes de Benjamin Moreau et les lumières de Yvon Joulou complètent parfaitement à la mise en scène.

Trois musiciens pour quatre instruments

Pour Yes !, il n’y a pas d’orchestre mais seulement trois musiciens totalement intégrés au spectacle (dans lequel ils jouent avec un plaisir évident). Sur la scène, on voit deux pianos une contrebasse et un ensemble de percussions. Paul Marie Barbier assume la direction musicale depuis le piano ou le vibraphone, Matthieu Bloch est à la contrebasse et Thibaut Perriard au piano et aux percussions. Les trois hommes interprètent la partition d’Yvain avec talent. Les tempos et les nuances sont quasi parfaits et les rythmes jazzy entraînent le spectateur dans un univers mi féérique mi fantasque qui vaut son pesant de cacahuètes. Lorsque Yvain compose Yes ! en 1927 (l’opérette a été créée en janvier 1928), le jazz, arrivé des États-Unis à la fin de la première guerre mondiale, est très en vogue en France et le compositeur en a très vite saisi les codes. Yes ! est un très bel exemple du « mélange » entre musique moderne et jazz.

Une distribution déchaînée

Mais une opérette sans comédiens / chanteurs ne peut pas vivre correctement… et la compagnie Les brigands est très bien « fournie » en la matière. Vocalement et scéniquement chacun s’implique totalement dans cette opérette très jazzy et totalement déjantée. Caroline Binder est délicieusement écervelée en Loulou, une cocotte de dancing ; elle est génialement retorse dans le très court rôle de Clémentine, la SDF qui cherche à tout prix à sortir de la rue en cherchant un travail de femme de ménage. Face à Binder, on trouve la délicieuse Totte de Clarisse Dalles. Dalles fait de Totte une jeune femme hors du commun qui n’est pas disposée à se laisser impressionner par qui que ce soit, fusse Gravard père. Emmanuelle Goizé est une Marquita Negri totalement hilarante avec son costume sorti d’un Chili imaginaire très coloré. Le charmant et très drôle duo des numéros au dernier acte qui réunit Marquita Negri et Totte n’est pas sans faire penser au duo Comtesse / Susanna dans Les noces de Figaro de Mozart. Le couple Saint Aiglefin formé par Gilles Bugeaud (Albert) et Anne-Emmanuelle Davy (Lucette) est à la fois fantasque et plein d’humour et l’on ne peut que saluer la performance de ces deux là qui s’amusent beaucoup sur la scène du théâtre de l’usine. Le duo père/fils incarné par Eric Boucher (René Gavard, le Roi du vermicelle) et Célian d’Auvigny (Maxime Gavard) est en grande forme et la joute entre les deux hommes est d’autant plus hilarante que chacun tente tout pour impressionner l’autre sans vraiment y parvenir. Matthieu Dubroca (César) et Flannan Obé (Roger) complètent avec bonheur une distribution cinq étoiles.

Ainsi, Les brigands ont présenté avec talent et succès Yes !, cette opérette de Maurice Yvain fort injustement tombée dans l’oubli. Avec le parrainage avisé du Palazzetto Bru Zane, cette compagnie pleine de surprises l’a sorti des placards pour le plus grand plaisir d’un public séduit.

L’actualité du festival est à consulter ici.

Visuel : © Loran Courrau

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