Théâtre
La nudité au théâtre : retour aux origines

La nudité au théâtre : retour aux origines

28 septembre 2012 | PAR Alice Dubois

Au théâtre, la nudité a traversé les siècles déclenchant souvent polémiques, interrogations, rejet. Symbole de rébellion intellectuelle et artistique, le nu au théâtre a longtemps été un acte politique et engagé. Depuis plusieurs décennies, le public s’est habitué. Et la nudité comme arme choc ne fonctionne plus vraiment.

Depuis quelque temps, il semblerait que les artistes abordent la nudité avec plus de légèreté. Libérée de ses revendications radicales, la nudité se montre simplement, sans être associée systématiquement à un combat ou à la dureté d’un propos.

En avril dernier, Alice Stinus et son spectacle Décorum nous montrait avec beaucoup d’humour et d’aisance, une comédienne nue, livrée à elle-même. Sur la scène du théâtre Clavel, la comédienne utilisait sa nudité comme figure scénique. Racontant l’histoire d’une comédienne ne trouvant pas de costumes à enfiler pour une audition, Alice Stinus a osé se dévoiler avec intelligence pour servir un propos pertinent sur le corps de la femme.

En temps de crise, cette nudité s’impose aussi par le biais d’un dépouillement scénique assumé. Et c’est un phénomène que l’on ne retrouve pas uniquement sur les petites scènes. Au printemps dernier, le TNP de Villeurbanne programmait La Jeanne de Delteil. Sur un plateau entièrement nu, une comédienne seule interprétait le personnage de Jeanne d’Arc. Loin d’être une revendication contestataire, cette vraie nudité, qui s’apparente plus à l’abandon qu’à l’absence nous rapproche finalement de l’origine même du théâtre.

Comme le disait Jean Vilar : « Il suffit d’un ou deux gestes, un rien et du texte, d’un texte vrai et beau. Et le reste passe. ». Faire passer le texte et les comédiens avant les décors ou tout autre ornement, Vilar l’a souvent mis en pratique dans des lieux mythiques comme le théâtre de Chaillot ou la Cour d’honneur du Palais des Papes d’Avignon.

Aujourd’hui, certains continuent à montrer un théâtre nu, débarrassé de tout artifice. On pense au metteur en scène anglais Declan Donnellan. Habitué de la scène des Gémeaux de Sceaux depuis plusieurs saisons, il monte des spectacles sans décors ou si peu, laissant une liberté immense à ses comédiens. La Tempête de Shakespeare, qu’il mit en scène en 2011 est un très bel exemple de ce que peut être le théâtre dans son plus simple appareil. Avec rien ou disons juste l’essentiel, des corps et des voix, Donnellan mit en valeur toute la beauté et la violence de ce texte. Il avait déjà choisi le dépouillement scénique dans son Boris Godounov en 2010. Un spectacle d’une grande force, interprété par des comédiens russes impressionnants.

Cependant, il arrive parfois que certains tombent encore dans le vieux cliché de la nudité comme acte de provocation, n’ayant pas intégré le fait qu’aujourd’hui, la nudité ne choque plus. Mal utilisée, s’exhibant comme une revendication adolescente, elle ne raconte plus grand-chose. Le plus mauvais exemple vu la saison dernière revient à Vincent Macaigne et son Requiem 3. Créé en 2008, il s’est joué aux Bouffes du Nord en 2011. L’histoire de deux frères, Abel et Caïn, l’un couronné, l’autre pas. La mort d’un père qui révèle chez deux jeunes hommes deux visions de la vie antagoniste. Un thème plein de promesses mais un spectacle puéril, ennuyeux où une bande de jeunes comédiens se livre à des gesticulations lassantes. Souvent nus, évidemment. Certains ont trouvé cela courageux. Nous avons trouvé ça dépassé, trop facile et surtout vide de sens.

Malgré des ratages parfois grotesques, le nu, que ce soit au travers des corps ou d’un plateau vide, reste un principe lié à l’origine même du théâtre.

Libéré aujourd’hui de revendications radicales, il s’exprime avec plus de liberté, d’audace et de simplicité. Il nous rapproche un peu plus de ce pourquoi nous allons au théâtre : voir l’humanité dans ce qu’elle a de plus vrai.

 

Fabienne Alice Dubois

 

 

 

 

 

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Alice Dubois
Alice a suivi une formation d’historienne et obtenu sa maitrise d'histoire contemporaine à l'université d'Avignon. Parallèlement, elle est élève-comédienne au Conservatoire régional d'art dramatique de la ville. Elle renonce à son DESS de Management interculturel et médiation religieuse à l'IEP d'Aix en Provence et monte à Paris en 2004 pour fonder sa propre compagnie. Intermittente du spectacle, elle navigue entre ses activités de comédienne, ses travaux d'écriture personnels et ses chroniques culturelles pour différents webmagazines. Actuellement, elle travaille sur un projet rock-folk avec son compagnon. Elle rejoint la rédaction de TLC en septembre 2012. Elle écrit pour plusieurs rubriques mais essentiellement sur la Littérature.

2 thoughts on “La nudité au théâtre : retour aux origines”

Commentaire(s)

  • J’aimerais connaitre les dates de tous vos spectacles avec nudité.Merci.

    février 21, 2016 at 20 h 28 min

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