Théâtre
La Mouette de Tchékhov ?

La Mouette de Tchékhov ?

13 octobre 2011 | PAR Emma Letellier

Matthieu Bauer, récemment nommé à la direction du Nouveau Théâtre de Montreuil, propose une rentrée fracassante pour la saison 2011-2012, avec un spectacle inauguré en janvier 2011 à la Comédie de Reims : la Mouette de Tchékhov, adaptée et mise en scène par Mikaël Serre.

Nina Mikhaïlovna Zarétchnaïa rêve de devenir actrice. Konstantin Gavrilovitch Tréplev rêve de devenir écrivain. Tous deux aspirent à une reconnaissance que leur entourage leur refuse. Konstantin aime Nina, qu’il fait jouer dans sa nouvelle pièce. Mais la belle se prend d’amour pour Trigorine, un homme de lettres au talent établi. Le temps d’un court séjour estival, tous trois se retrouvent avec d’autres dans la propriété de Sorine, l’oncle de Kostia. Heurs et menus bonheurs, exaspérations familiales, conflits larvés, velléités et élans contrariés s’entrechoquent alors sur scène avec le pétillement essentiel que le théâtre naturaliste d’Anton Tchékhov s’efforce d’exposer. C’est la vie russe, à l’aube du XXè siècle, dans un moment de confusion où les visions du monde semblent se démultiplier.

Et il semble que ce soit précisément cet état de joyeuse agitation, de foisonnement et de contradiction que le metteur en scène Mikaël Serre ait choisi de travailler à travers l’adaptation qu’il propose. Loin de présenter une plongée dans une Russie certes révolue, il réinvestit le texte au profit d’une réflexion sur l’état actuel de l’art occidental. Exeunt le russe, son esprit romantique, le théâtre de verdure, le lac et le reflet naturaliste de la Lune au levant. Vienne l’ère du rock et du plastoc.

Dans une profusion de couleurs criardes, la matière plastique règne en maître avec une bâche tendue en fond de scène représentant un sous-bois au feuillage vert tendre, une piscine gonflable, des transats  jaunes et une tente de jardin sur un gazon artificiel. La multiplication des teintes et des éléments de décor, le désordre progressif qui s’installe sur la scène ainsi que la prolifération des accents et des langues contribuent à jeter le spectateur dans un surprenant vacarme qui ne laisse pas de le déconcerter. Outre l’impossible conciliation visuelle, le brouillage sonore continue d’exaspérer les oreilles sensibles : un micro revient sans cesse soutenir les voix  des acteurs qui tentent de s’exprimer  par-dessus une musique généralement rock. Le Heart of glass de Blondie, les perruques hippies, le t-shirt AC-DC du docteur sont autant de réminiscences des années 70 – comme si l’art né de mai 68 était nécessaire au questionnement sur l’état actuel de la création en Occident.

Il apparaît d’après la note d’intention, que Mikaël Serre ait cherché à vérifier le lien de filiation entre le théâtre actuel et celui de la génération de 68. Comme Tchékhov en son temps, il se saisirait de La Mouette pour interroger la fonction de l’art théâtral. S’il semble affirmer avec Tréplev qu’ « Il faut des formes nouvelles », le spectateur reste dubitatif face à la proposition qu’il a sous les yeux. Le langage du metteur en scène ne passe pas la rampe, et , dans son fauteuil, le plus attentif des curieux reste embarrassé. La proposition sur la vaine quête de la gloire dans « une société qui fait du rêve un commerce » était alléchante, mais la réponse demeure obscure.

Reste la performance finale de Servane Ducorps qui parvient à s’emparer de la salle dans le seul moment d’émotion du spectacle, celui où, libérée du micro et de la sono elle est en mesure de s’écrier avec la force d’une implacable précision: « Je suis une mouette… Ce n’est pas cela… Je suis une actrice… Mais oui.».

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Emma Letellier

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