Théâtre

La dernière maison de poupée(s)

17 mai 2010 | PAR Margot Boutges

Le théâtre de l’Athénée nous entraîne du jeudi 6 au samedi 22 mai au cinquième et dernier étage  de la maison de poupée d’Henri Ibsen, mis en scène par Nils Olhund. Si cette cinquième et ultime mise en scène parisienne de la pièce d’Ibsen cette saison (voir ci-dessous les liens vers nos articles) témoigne d’un parti pris intéressant, elle nous laisse en bouche une saveur plutôt incertaine, qui ressemblerait à de la déception.

On s’apprête à fêter Noël dans la liesse au foyer du ménage Helmer. Nora est une femme au foyer persuadée d’être la plus heureuse du monde entre son mari Thorval qui vient d’obtenir le poste de directeur de sa banque, ses trois enfants et l’ami de la famille éternel habitué des lieux, le bienveillant docteur Rank. Son amie d’enfance Kristine, en proie à des difficultés financières ressurgit et face à cette malchanceuse, Nora peut triompher. La promotion du chef de famille est un soulagement inespéré pour Nora qui a à l’esprit une dette qu’elle a contractée secrètement et illégalement il y a huit ans afin de payer un voyage dans le sud destiné à sauver son mari d’une maladie. Survient l’intervention d’un maître chanteur qui menace de tout révéler à Thorvald.

Pendant trois jours, Nora va tout faire pour empêcher que le secret ne soit découvert, s’agitant dans tous les sens contre une machination qui la dépasse complètement. Le couperet tombe enfin et Nora femme-objet, pantin docile passé des mains surpuissantes de son père à celles de son mari voit le bonheur qu’elle croyait être le sien se fissurer pour finalement voler en éclat. Ses chaînes lui sautent à la gorge et elle décide de ne pas les tolérer plus longtemps. L’enveloppe docile de Nora explose et c’est toute la maison qui explose avec elle, libérant violemment des poupées aux prises les unes des autres.

Nils Ohlun a vu juste et apporte une dimension supplémentaire à la pièce en employant le substantif « poupées » au pluriel : Nora n’est pas le seul pantin, le seul jouet du destin. Si Kristine semble conserver sa liberté tout au long de la pièce, les autres protagonistes voient leur destin se refermer sur eux : le docteur Rank est pris par la maladie qu’il est censé dominer, Thorvald qui croyait avoir tous les pouvoirs se rend compte qu’il n’a pas celui de retenir sa femme…

Le metteur en scène a ancré cette pièce de 1879 dans la décennie de son enfance : les années 1960. Le décor reconstitue fidèlement un intérieur type trente glorieuses d’une fadeur extrême : tons ocres sur des murs en contreplaqué, fauteuils en skaï, meubles en formica, sapin en plastique… Légère déception quant aux costumes que l’on aurait aimés plus axés sixties pour coller avec le décor. Cette transposition fonctionne avec une efficacité redoutable. Dans les années 1960, le propos d’Ibsen le visionnaire trouve toute son actualité, montrant à quel point les femmes restent prisonnières de leur carcan social. L’autorisation pour une femme en France d’ouvrir un compte en banque sans l’accord de son mari ne date que de 1965 ! 

Malheureusement, l’interprétation  traîne laborieusement la patte au début de la pièce, ce qui tient sans doute plus à la direction d’acteur qu’au talent (incontestable) de ces derniers. Trop de retenue a été imposé au personnage de Nora qui n’est pas vraiment l’alouette insouciante qu’elle devrait être. Les échanges entre Kristine et elle manquent de naturel et les liens entre les personnages semblent parfois  factices. La pièce ne décolle vraiment qu’aux trois-quarts, lors des vraies zones de turbulence comme celle de la danse de la Tarentelle interprétée par une Nora survoltée. Et l’atterissage chaotique vient rattraper la lenteur du début. L’affrontement qui cloture la pièce et qui sépare le couple Thorvald/Nora est un instant d’intensité incroyable. Féodor Atkine est impressionnant en tyran domestique, dans son paternalisme qu’il ne sait pas honteux et les cris de colère qui ne traduisent que son incompréhension.

On regrettera les temps-morts dans la mise en scène et l’insertion de vidéos plutôt redondantes entre les scènes qui ne donnent que peu de corps au propos et n’apportent finalement pas grand chose à l’ensemble. Elles nous présentent notamment les enfants de Nora dans des petits films amateurs. Elles se substituent à l’imagination du spectateur, mettant en lumière ce qui aurait pu rester dans l’ombre de la suggestion.

Informations pratiques :

Une maison de poupées du 6 au 22 mai au théâtre de l’athénée, Square de l’Opéra-Louis Jouvet 7 rue Boudreau (9e) Métro Opéra, Havre-Caumartin, RER A Auber. Séances du 18 mai à 19h et du 19, 20, 21, 22 mai à 20h.

Billetterie en ligne

Maison de poupée de Jean-Louis Martinelli

Maison de poupée de Stéphane Braunschweig 

Maison de poupée de Daniel Veronese

Maison de poupée de Michel Fau  

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Margot Boutges

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