Cinema

Les secrets, un film métaphore sur l’enfermement de la femme orientale

17 mai 2010 | PAR Yaël Hirsch

Avec « Les Secrets » (« Dawaha »), la réalisatrice tunisienne Raja Ammari montre comment trois femmes tunisiennes se heurtent à leurs corps et à la société. Avec Hafsia Herzi (« La graine et le mulet »)en jeune femme découvrant le monde et la sensualité. Sortie française le 19 mai.

Pour son deuxième long métrage après « Satin Rouge », Raja Ammari a choisi de filmer trois femmes laissées à elles-mêmes dans une villa tunisienne entrain de tomber en ruine. Aicha (Hafsia Herzi), Radia (Sondos Belhassen) et leur mère (Wassila Dari) ont décidé de rester cachées dans les anciennes dépendances de la maison où la mère a probablement servi. Elles vivotent de quelques légumes cultivés dans le jardin parmi les mauvaises herbes. Et aussi du travail de couture de Radia, vieille fille de quarante ans, qui sort une fois par semaine de leur antre pour monnayer ses travaux. Simple d’esprit, la jeune Aicha sent cependant son corps grandir et veut se parer et s’habiller comme une femme. Sa soeur et sa mère la battent et l’attachent au lit pour l’empêcher de raser ses jambes…

L’arrivée du fils des anciens propriétaires avec sa fiancée, la jolie et moderne Aelma (Rim El Benna), vient bouleverser la petite vie du trio. Si la mère et la grande soeur veulent continuer de se cacher, Aicha est trop attirée par les talons rouges et le maquillage de Aelma pour se retenir d’aller espionner les nouveaux venus dans leur sommeil.

Cheveux de soie et d’ébène, lumière mordorée, jeux de cacher-montrer et corps inaccessibles mais cependant désirants, « Les secrets » reprend tous les clichés des bons vieux tableaux orientalistes pour les mettre en mouvement. Et il n’est pas sûr que ces très belles images remettent en cause les lieux communs. Ceux-ci sont certes répétés avec  talent, mais aussi avec une application de bonne élève de Delacroix qui laisse un peu songeur… Seule la fin explose de violence, reprenant sans crier gare le thème classique des explosions de la femme hystérique. Petite Salomé ingrate et sans homme pour la désirer, Aicha se libère de chaînes finalement très féminines pour courir vers une liberté moderne, faite de téléphones portables, de fêtes aux musiques techno et de maquillage de grande marque. Et ce rêve de consommation libre passe par le sang et le matricide. Choquant, « Les secrets » a retenu l’attention de la dernière Mostra de Venise et provoqué de très vive réactions au festival du film du Caire, en novembre dernier. A vous de juger, dès le 19 mai.

« Les secrets », de Raja Ammari, avec Hafsia Herzi, Sondos Belhassen, Wassila Dari, Rim El Benna et Dhaffer L’Abidine, Tunisie, 1h30.

Infos pratiques

La dernière maison de poupée(s)
Heroes, Scrubs, FlashForward: C’est fini !
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *