Théâtre

La Chose, de Laurent Roth, lecture publique de Mireille Perrier et Mathieu Amalric à regarder en ligne

29 décembre 2010 | PAR Laurent Deburge

La lecture publique de La Chose, de Laurent Roth, donnée le 7 décembre dernier au Théâtre du Rond-Point par Mireille Perrier et Mathieu Amalric dans le cadre des Lectures Monstres, est désormais consultable sur le site d’Arte Live Web.

Premier volet de la trilogie « Le Sein d’Abraham est plus vaste que tu n’imagines », « La Chose » est un dialogue intérieur entre le fils d’un survivant de la Shoah et une voix féminine qui prétend être sa part d’enfance, qui semble relativiser le tragique, maintenir l’illusion d’une intégrité bienheureuse.
Réflexion identitaire déchirée, tourment d’un héritage dissimulé, à deviner, à extorquer presque car il reste silencieux, comme les chiffres du tatouage bleui au bras du père déporté. Comme un secret à déchiffrer, à garder, à défendre, qui fait écho à l’identité juive assignée, par les autres, par l’histoire, par le Nom du Père, et surtout par La Chose. L’innommable poids, le coup de poing des images insoutenables des camps, l’insulte du camarade de classe obligent à poser la question. Qui est Juif ? demandait Gershom Sholem en 1970. Comme un décalque du tatouage, « La Chose » impose la question de l’identité et de l’identification. Dans « La Joie », second volet de la Trilogie, le narrateur transfère la dépouille de son père en Israël, se remémore ses vacances au Kibboutz, et semble imposer au Père une identité qu’il n’a pas voulu lui transmettre. Etre Juif, par le père, par le nom, par la « Chose », qu’on le veuille ou non, même si le père ne se reconnaît pas dans cette identité. Enfant non de la Chose mais « tombé » de la Chose.
A travers les silences et les ombres s’impose une démarche de réappropriation de l’identité par la mémoire et par l’âpre dialogue renoué avec le père, au-delà de la mort.
La puissante présence de Mathieu Amalric habite la profondeur du texte et sa teneur tragique ; le charme, la lumière et la douceur légère de Mireille Perrier lui confèrent l’intelligence distanciée, la dose d’ironie sans laquelle aucun questionnement n’est tenable.
Auteur dramatique aux talents multiples, Laurent Roth, à la fois acteur, librettiste d’opéra, scénariste, cinéaste et critique de cinéma, approfondit son travail d’écriture dans cette trilogie mystique qui devrait être donnée prochainement dans une version scénique au Centre dramatique national de Sartrouville.
« LUI
Avec les ans,
le tatouage a bleui,
il passe,
il est visible de très loin,
mais c’est de très près que je l’ai vu :
bébé, j’ai appris à compter sur le bras de mon père,
j’ai appris les chiffres avant les lettres.
Voilà pourquoi j’ai eu toute ma vie,
Et jusqu’à la nausée,
Une horreur indescriptible des mathématiques. »

Pour regarder La Chose, c’est ici.

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