Théâtre

La banalité du mal : le quotidien bourgeois de Eva Braun et de Hitler

La banalité du mal : le quotidien bourgeois de Eva Braun et de Hitler

01 avril 2011 | PAR Yaël Hirsch

Jusqu’au 19 mai 2011, Jean-Paul Sermadiras met en scène un texte de l’Allemande Christine Brückner où Patricia Thibault entre dans la peau d’Eva Braun quelques heuers avant son suicide avec son tout nouveau mari et vieil amant : Adolf Hitler.

Stressée, Eva Braun a choisi d’entrer dans le Bunker où elle doit mourir avec son mari. A la fois, elle a obtenu ce à quoi elle aspirait depuis des années : être Madame Hitler, mais en même temps, elle a peur de ce sacrifice. Elle discute avec le jeune lieutenant qui la « protège » et partage avec lui ses angoisses et ses souvenirs. Ni les uns, ni les autres ne volent très haut : son train de vie luxueux avec Hitler, son difficile statut de maîtresse, les thés et les longues promenades avec les chiens,et  l’admiration mêlée de rébellion pour le Führer. Bref, un couple normal, sans aucun intérêt, et un long ennui où l’on ne frémit pas que la femme du « mal » soit aussi gnagnan et banale.

L’objectif du texte est de montrer la platitude psychologique d’une fiancée de monstre et il remplit cette mission presque trop bien :  malgré tous les efforts de la formidable Patricia Thibaut, qui emporte son public dès la première scène à travers une chanson, et qui sait dégager la sensualité glacée de la bonne aryenne, et malgré les ingéniosités de mise en scène (le défilé des coupes de champagne tendues à travers un rideau), les bruits de Bunker et les changements de lumière ne parviennent pas à créer une tension qui rendrait les tropismes de cette Eva Braun signifiants. Le temps s’accumule et n’apporte rien de nouveau sur la psychologie simplette de l’héroïne de cette tragédie, ni sur l’analyse de la fameuse « banalité du mal » que Christine Brückner dévoie de chez Arendt pour lui donner le sens de « vie quotidienne avec le mal ». A voir pour le grand talent de Patricia Thibaut.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : yael@toutelaculture.com

2 réflexions au sujet de « La banalité du mal : le quotidien bourgeois de Eva Braun et de Hitler »

Commentaire(s)

  • Pascal

    j’aime quand ta langue « est courte et vive ». Scalpons, scalpons.

    avril 1, 2011 at 12 h 30 min

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